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Groupe Jean Floc’h : «Nous allons Industrialiser à outrance»
Morbihan # Agroalimentaire # Investissement

Groupe Jean Floc’h : «Nous allons Industrialiser à outrance»

« Le modèle agricole breton n’est pas mort », plaide le P-dg du groupe Jean Floc’h, Michel Boulaire. En témoigne le train de 3-4 millions d’euros d’investissements annuels sans compter la transformation du site de Baud (10 millions d’euros).

Rares sont les démonstrations de communication du groupe Jean Floc’h. Il a fallu la venue du club des entreprises Locminé Génération Entreprises pour assister à un plaidoyer sincère et peu commun du patron du géant de l’agroalimentaire Jean Floc’h (550 millions d’euros de CA, 11 unités, 1.500 salariés). L’homme est à l’image de l’entreprise : aussi discret que pragmatique et terriblement efficace. Michel Boulaire opère un train d’investissements quasi continu depuis 4-5 ans à raison de 3 à 4 millions d’euros/an et pour plusieurs années encore : « Il est destiné à répondre aux besoins porteurs du marché dans un souci d’automatisation au maximum du process des Salaisons Bernard. Nous engageons aussi, actuellement, 10 millions sur le site Jean Floc’h de Baud. C’est la preuve que le modèle breton n’est pas mort. Il a beaucoup été décrié dans les années 2013-2014. On a laissé des idées néfastes prospérer parce que 3-4 entreprises allaient mal. Gad, le saumon délocalisé en Pologne... On a mis sur le dos de l’IAA bretonne des dérives de financiers qui n’ont rien à revoir avec notre travail. Le modèle breton - on devrait dire du grand Ouest car les Pays de la Loire et la Normandie sont dans la même dynamique agroalimentaire que nous – concentre une expertise et des compétences qui sont irrattrapables en France. Que proposent les détracteurs ? Que l’on ferme les usines pour importer les produits du Danemark, d’Allemagne, des Pays-Bas ? On fait aussi bien ce que font tous ces gens. » Les modèles alternatifs ? « Personnellement, je ne suis pas prêt à acheter le jambon tranché 40 euros du kilo, mais il y a de l’espace pour tout le monde. La réalité, c’est que nous mangerons certes un peu moins de viande à l’avenir mais que nous ne deviendrons pas végétariens pour autant, car l’homme est ainsi fait. Il est omnivore. Nier cela, c’est laisser les Allemands et les Espagnols prendre notre place. Ils n’ont pas ces états d’âme. Mais quand bien même, le marché est désormais mondial. Nous exportons d’ores et déjà 30 % en Asie, en Italie, au Royaume-Uni... C’est simplement regrettable de voir que nous vivons dans un pays qui n’arrive pas à voir la réalité en face. »

« Ne pas rester passif face aux leviers »

Critique sur le climat ambiant pendant le début de la décennie, Michel Boulaire note aujourd’hui des évolutions favorables. « Y compris s’agissant de la politique économique du gouvernement. Il faut savoir aussi reconnaître les réussites : le sur-amortissement est une idée géniale et facile à mettre en œuvre. Le CICE a, quant à lui, permis de rattraper la dérive des charges sociales de ces 10 dernières années. A nous de ne pas être passifs face à ces deux leviers. Il faut les utiliser pour bâtir l’avenir. »
Sur le développement de l’entreprise, Michel Boulaire est confiant : « On a un schéma qui a l’agrément des banques. Nous sommes globalement satisfaits de la stratégie que nous déroulons : nous mettons l’accent sur la R&D, le marketing, et nous industrialisons à outrance. Industrialiser à outrance, cela veut dire supprimer toutes les tâches pénibles. Humainement, c’est impensable. Je ne peux me satisfaire d’un salarié qui accomplirait la même tâche toute sa vie. Il vaut mieux employer les gens à réfléchir et à concevoir plutôt qu’à pousser un chariot. On va continuer à investir massivement contre la pénibilité. C’est une responsabilité morale, il faut l’assumer. Tout ce qui pourra être robotisé dans les 10 ans qui viennent le sera. »

Le fils d’agriculteurs garde en mémoire le discours de ses parents dans les années 75 qui l’incitait à partir « parce que la ferme était trop petite. J’ai aussi appris à compter au centime près (rire) ! Les prix doivent être très étudiés, réfléchis, sensibles. Mais surtout, quelque soit la taille, l’entreprise doit rester humaine ».

Michel Boulaire peut mesurer le chemin accompli depuis 1987 : « Jean Floc’h finalisait le rachat du groupe Bernard entamé en 1985. Je travaillais encore chez Saupiquet où je terminais ma mission. Je suis arrivé ici en 1992 mais je connaissais la maison pour y avoir accompli mon stage de fin d’études. J’ai travaillé à Baud puis à Locminé. Lorsque je suis arrivé, le bâtiment n’avait pas le niveau technique. Demain, nos investissements vont parfaire nos sites sur un territoire à la situation géographique exceptionnelle pour l’industrie agroalimentaire bretonne.»

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