Grégory Sagez : « Beaucoup de rêves d'enfant deviennent des entreprises »

Grégory Sagez : « Beaucoup de rêves d'enfant deviennent des entreprises »

Directeur général de la BGE Hauts-de-France (165 salariés), dont le siège est à Lille, Grégory Sagez a aussi été président national de la BGE entre 2013 et 2015. Il nous livre son regard sur les grandes tendances qui caractérisent la création d'entreprises aujourd'hui.

La BGE Hauts-de-France a accompagné près de 30.000 créations entreprises en 35 ans d'existence... Quelles sont les clefs de la réussite pour un porteur de projet ?
Nous avons identifié quatre facteurs de succès. Le premier est la préparation, par exemple la formation, les études de marché, etc. Le deuxième est l'équipement, dont le financement. Le troisième est la mise en réseau du porteur de projet via des clubs, syndicats, etc. Enfin, le quatrième facteur est transversal, il s'agit de développer une posture entrepreneuriale. Quand les porteurs de projet rassemblent ces quatre facteurs de succès, on constate qu'au bout de trois années, 82 % de leurs entreprises sont toujours en activité.




Les profils des porteurs de projet que vous côtoyez ont-ils évolué ces dernières années ?
C'est entre 30 et 45 ans que les gens créent le plus d'entreprises. Cela correspond notamment à la génération Y, qui apporte un regard nouveau. Avant, on créait surtout par dépit, par exemple faute de trouver un emploi : l'entrepreneuriat était subi et aussi un facteur de stress. Aujourd'hui la génération Y, et même la Z, voient l'entreprise comme quelque chose d'épanouissant : ils ont une passion et ils en font une entreprise. Beaucoup de rêves d'enfants deviennent des entreprises. La tendance, c'est ça, depuis 4 à 5 ans maintenant. Ces générations sont aussi plus innovantes dans leur façon de voir les choses.




Et côté parité cela évolue ?

Nous avons 60 % d'hommes parmi les porteurs de projet que nous accompagnons et donc 40 % de femmes. C'est un peu plus élevé que la moyenne nationale. Ce que nous constatons, c'est que les femmes se préparent mieux : elles sont 60 % à tester leur concept en couveuse. Et elles ont tout compris car cette phase est primordiale !

Les entreprises que vous accompagnez créent-elles beaucoup d'emplois ? Ces entreprises comptent, en moyenne, deux salariés au bout de trois ans, dont le poste du dirigeant. C'est l'un de nos objectifs de booster ces chiffres. Il y a un vrai potentiel car, sur 100 entreprises que nous aidons, 20 % créent naturellement des emplois, 30 % créent uniquement celui du dirigeant et 50 % se posent la question d'embaucher mais il y a des freins psychologiques. Nous y travaillons.




C'est important pour l'économie dans le contexte actuel ?

Il y a un vrai potentiel : si une TPE sur deux embauchait, il n'y aurait plus de chômage en France ! De plus, les TPE sont des absorbeurs de crises : souvent, en période difficile, le patron ne va pas se payer pendant quelque temps pour ne pas avoir à licencier. Il faut donc en France un tissu dense de TPE, qui pour certaines deviendront des PME. Mais les TPE sont les grandes oubliées du monde économique. Nous militons pour qu'elles soient mieux connues et reconnues.




Et quels sont pour finir les projets actuels de la BGE Hauts-de-France ?

L'une de nos priorités va à l'harmonisation de nos pratiques, suite à la fusion des régions. Nous voulons également renforcer notre présence sur le bassin minier, dans les secteurs de Lens et Hénin-Carvin, qui ne sont pas assez couverts. Nous avons aussi à coeur de sensibiliser les porteurs de projet à l'importance de l'innovation, quel que soit leur domaine d'activité. Sur 2.000 créations accompagnées par an, seules 2 à 3 % intègrent la dimension innovation. Nous sommes persuadés que le potentiel est là, et pas uniquement en métropole mais aussi à Fourmies ou à Saint-Omer... Enfin, nous sensibilisons les plus jeunes à la création d'entreprises, en intervenant dans les collèges et lycées. L'idée est de développer leur culture entrepreneuriale assez tôt, pour qu'ils puissent y penser dans leur carrière. Nous sensibilisons près de 6.000 élèves tous les ans et l'objectif est d'en toucher beaucoup plus !