Implanté depuis deux ans sur le campus hospitalo-universitaire NextMed, le site GE Healthcare de Strasbourg emploie une soixantaine d'ingénieurs et de techniciens spécialisés dans l'imagerie médicale. Trente-deux postes seraient désormais supprimés dans la division en charge de DoseWatch, un outil né en Alsace en 2010 au sein de la start-up Serphydose, avant son rachat par GE en 2011.
Le projet de réorganisation, confirmé par un porte-parole du groupe, prévoit la suppression totale de l'équipe R&D et le transfert progressif des activités de maintenance à Bangalore, en Inde. Pour les salariés, l'annonce a eu l'effet d'un couperet : certains travaillent sur le produit depuis son origine et parlent d'une " perte de sens " autant que d'une perte d'emplois. Plusieurs alertent aussi sur la fragilité d'un logiciel exigeant une expertise très fine et craignent "un affaiblissement du produit, faute d'un transfert de compétences complet ".
Un plan justifié par la concurrence mondiale, contesté par les syndicats
GE Healthcare inscrit cette décision dans " un contexte économique et concurrentiel en profonde évolution ". La direction évoque l'augmentation des droits de douane entre les grands blocs économiques, le renchérissement du transport et la montée en puissance des solutions de diagnostic par IA. Des arguments balayés par la CGT, qui accuse le groupe de vouloir préserver ses marges.
Sur le plan mondial, GE Healthcare (53 000 salariés, dont 2 700 en France) a généré 19,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 2024. Le plan en cours, basé sur des départs volontaires, ne devrait pas être finalisé avant la fin février 2026.
Un symbole fort pour l'écosystème alsacien
En Alsace, la décision touche un pan de l'histoire locale de l'innovation en santé. DoseWatch, développé à Strasbourg et devenu un standard international, quitte l'écosystème qui l'a vu naître. Un signal d'autant plus sensible que Strasbourg mise sur le déploiement de NextMed (son pôle de compétences et d'expertise en innovation médicale, amélioration des soins et recherche médicale) pour renforcer son attractivité dans le numérique médical.
La direction assure toutefois que " la présence en France demeure stratégique " pour GE Healthcare et que chaque salarié recevra un " accompagnement individuel ". À Strasbourg, beaucoup retiennent surtout un sentiment d'amputation : celui d'une expertise de niche qui s'érode, et d'un logiciel emblématique qui poursuit désormais sa trajectoire loin du territoire qui l'a façonné.