Aucun chiffre ne l'atteste vraiment et pourtant, les professionnels de la fusacq (fusion-acquisition) sont formels: c'est reparti! Il y a bien sûr les grands groupes- Cap Gemini, Sanofi-Aventis, Vivendi, etc.- qui mènent le bal par des «deals» à plusieurs dizaines de millions voire de milliards d'euros. Et puis il y a toutes ces petites transactions que les PME-PMI préparent dans la confidentialité et dont la multiplication, ces derniers mois, traduit des stratégies de développement comme on n'en a guère connues depuis 2009. «Des dossiers se sont ouverts fin 2010 alors qu'ils étaient entre parenthèses depuis de nombreux mois», confirme Jean-Bernard Saucède, Dg délégué de MPCroissance. Chez son confrère, Multicroissance, on recense «une dizaine d'entreprises, sur un portefeuille de 46participations, qui pourraient être en recherche de croissance externe, ce qui n'était pas du tout le cas en 2010», assure le directeur des participations, Laurent Sauvade. Pour Laurent de Calbiac, directeur régional d'Oseo, plusieurs indicateurs traduisent cette reprise en région. Parmi eux, le contrat de développement participatif- «L'an dernier, 10 dossiers sur 30 concernaient de la croissance externe»- et des garanties de prêts bancaires en hausse.
Des entreprises renforcées,d'autres fragilisées par la crise
Tendance confirmée par le cabinet Transaxiall qui, en quatre mois, a réalisé son chiffre d'affaires de l'an dernier, et par Le Nouveau Conseil, qui indique avoir une dizaine de mandats en cours de finalisation sur Toulouse et sa région. «D'un côté, il y a des sociétés qui ont serré les boulons pendant la crise et qui en sortent renforcées, avec beaucoup de trésorerie et de gros effets de leviers bancaires. De l'autre, il y a des entreprises fragilisées, qui présentent deux voire trois mauvais bilans, dont découlent des valorisations faibles. Le résultat, ce sont des transactions qui repartent fortement, au niveau national comme ici», analysent Emmanuel Courtant Lagarde et Raphaël Petit, directeurs associés du Nouveau Conseil.
Une recherche de complémentarité
Ragaillardies par une souplesse de trésorerie retrouvée, de nombreuses PME-PMI reconsidèrent donc aujourd'hui leur stratégie d'investissement. «Il y a plusieurs raisons pour lesquelles une entreprise peut s'intéresser à la croissance externe en sortie de crise, explique Marie-Line Malaterre, dirigeante du cabinet Activ'Fi. Elle peut être poussée au regroupement par des exigences réglementaires, comme dans le secteur de la biologie médicale. Cela peut aussi être un moyen d'atteindre une taille critique ou bien encore d'élargir son offre avec des activités et compétences complémentaires. » Une recherche de complémentarité que note aussi Jany Renne, directeur du marché des entreprises et immobilier de la Caisse d'Épargne de Midi-Pyrénées: «La crise a poussé les entreprises à se poser des questions sur leur existence et leur futur: comment est-ce que je me situe dans mon environnement? Dois-je céder mon entreprise, m'adosser, faire de la croissance externe? Et, bien souvent, la question de la complémentarité est centrale dans leur réflexion comme dans la nôtre. Comme les comptes ne sont en général pas faramineux, nous, banquiers, devons avoir une analyse plus fine de la capacité du repreneur ou de l'entreprise à mener à bien son projet d'acquisition et à tirer profit de ces complémentarités.»
La question de la valorisation
Encore faut-il convaincre le vendeur de vendre! «L'âge du cédant est loin d'être le seul critère», déclare Thierry Faba, directeur du cabinet Actifrance. Et, de fait, beaucoup d'entreprises changent de main non parce que la retraite approche mais parce que leur dirigeant décide de changer de cap. «Le problème, c'est que tout vendeur s'imagine avoir un puits de pétrole au fond du jardin et que le prix qu'il en demande ne correspond pas à la réalité de l'entreprise», constate l'avocat d'affaires Me Jacques Lavergne. Un avis partagé par Christian Courtial, dirigeant du cabinet Alliances et Affaires: «Beaucoup de vendeurs sont déçus par les valorisations qui leur sont proposées. Mais il faut bien avoir à l'esprit que le carnet de commandes et la visibilité que l'acheteur peut avoir dessus sont déterminants dans une acquisition. Or la crise est passée par là, entraînant des dégradations de valeurs très importantes...» D'où la nécessité, selon Me Lavergne, de faire appel à des «partenaires collatéraux»- cabinets spécialisés, avocats, experts-comptables, banques, etc.- pour trouver un terrain d'entente. Faut-il en conclure que toutes les entreprises peuvent faire de la croissance externe en sortie de crise? Clairement, non : «Racheter une entreprise n'est pas neutre. Il faut avoir une base solide et être capable de faire évoluer son organisation pour absorber la future structure. C'est tout sauf une bonne solution pour une société qui a des difficultés et qui ne parvient pas à faire de la croissance organique», assure Éric Rosseuw, associé de Transaxiall. Et, pour celles qui ont cette base solide, «la croissance externe n'est pas la seule façon de prendre une position stratégique à long terme. La R&D en est une autre, qui peut être tout aussi judicieuse», conclut Rudy Secco, président de Midi Capital.
Plusieurs études internationales font état d'un redémarrage record des rapprochements entre sociétés au premier trimestre. Une tendance qui semble se confirmer à l'échelle de Midi-Pyrénées.