Le précédent Iter Business Forum (IBF) s’était tenu en mars 2019 à Antibes et en six ans, le monde a bien changé, avec les crises géopolitiques, économiques, énergétiques et surtout un renouveau inattendu pour la filière nucléaire, en fission ou fusion. Si l’agence Iter France (AIF), son organisatrice, s’interrogeait sur l’ampleur que prendrait l’édition 2025 à Marseille, ses équipes étaient rassurées le 25 avril, tant par le succès de fréquentation que par l’intérêt marqué des 1 200 participants et 500 entreprises de 32 nationalités, même de pays non impliqués dans le projet, comme la Thaïlande, le Brésil ou l’Uruguay !
L’idée a été lancée en 1985 et depuis, 33 pays se sont engagés dans la construction, sur un terrain de 180 hectares, à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, du plus grand "tokamak" jamais conçu. Cette machine qui doit démontrer que la fusion, l’énergie du soleil et des étoiles, peut être utilisée comme source d’énergie à grande échelle, non émettrice de CO2, pour produire de l’électricité.
Nouvelle dynamique pour le projet Iter
"On n’est plus seulement sur un forum centré sur Iter, il devient l’événement le plus important dans la fusion nucléaire. La représentation nationale était inférieure à 40 %. Des start-up du secteur sont venues parce que c’est là où il faut être. Après une période compliquée (Covid, non-conformité de composants livrés, refonte du calendrier et des objectifs en 2023, disparition du directeur général Bernard Bigot, NDLR), Iter retrouve son rayonnement, l’achèvement de la machine est en bonne voie, le planning est crédible et tenable. Iter a besoin d’élargir sa chaîne de fournisseurs et cette supply chain regarde différemment le projet", explique Fabrice Raynal, directeur d’AIF.
Un appel clair à compétences et technologies issues du secteur industriel privé a été formulé par le directeur général d’Iter Organization, Pietro Barabaschi. Les agences domestiques des sept membres associés (Union Européenne, États-Unis, Russie, Chine, Inde, Japon, Corée du Sud) au déploiement du réacteur expérimental de fusion (assemblé à Cadarache) se disent aussi ouvertes à des coopérations internationales.
Défis à affronter
"Nous allons prouver que nous pouvons créer une si complexe infrastructure tous ensemble, nous sommes sur le bon chemin", affirme à l’assistance d’industriels Pietro Barabaschi, soutenu par une vidéo qui atteste du progrès de l’assemblage du futur tokamak.
Actuellement, Iter Organization dénombre 1 300 contrats en cours avec 630 entreprises pour un montant total de 2,7 milliards d’euros. Sur la seule année 2025, 90 nouveaux contrats ont été attribués pour 180 millions d’euros de prestations à réaliser. "Travailler pour Iter peut apporter aux entreprises privées beaucoup de connaissances et d’expertises. Nous devons agir comme une communauté", poursuit-il.
Il souligne les besoins d’innovations en termes de maintenance mais aussi sur des solutions d’intelligence artificielle aptes à traiter efficacement les millions de données accumulées et de fiabiliser et sécuriser les informations transmises auprès des scientifiques, des industriels… Pour Marc Lachaise, directeur de l’agence européenne Fusion for Energy (F4E), Iter génère des retombées concrètes : "7 milliards d’euros de marchés ont été fournis à la supply chain européenne, à travers 1 200 contrats à 700 industries et 2 100 sous-traitants. Tout le monde a sa chance". Il annonce une nouvelle édition l’automne 2025 à Barcelone du "F4E SME Day" pour favoriser l’accès des PME aux opportunités d’Iter. Du côté des agences domestiques, comme celles du Japon ou de l’Inde, on insiste sur la nécessité de partenariats locaux lorsque leurs composants arrivent sur le site de Cadarache. "Il faut beaucoup de communication pour créer la confiance car il y a énormément d’informations et de connaissances à partager", confie aussi Wang Min, au nom de l’agence chinoise.
Marchés à conquérir
Chacun reste conscient que l’allongement du calendrier de montée en puissance des opérations jusqu’à 2036/2039 a pu décourager des entreprises. Il faut avoir les reins solides pour tenir sur la durée. Daher, par exemple, détenait un contrat pour assurer la logistique des composants et matériels jusqu’en 2021. Il vient d’être renouvelé pour six ans, tant il reste de livraisons à opérer. "Aucune organisation n’est parfaite, nous cherchons les moyens de nous améliorer. Tout est concentré désormais sur la phase de construction de la machine", glisse Mack Stanley, responsable de la stratégie d’approvisionnement d’Iter Organization, soucieux de combiner "rapidité, flexibilité et responsabilité" dans les procédures.
Sur 1 400 actions déjà commencées cette année représentant un montant de 740 millions d’euros, toutes n’ont pas encore débouché sur une attribution de marché. Mais il l’assure : en 2025, le record de 760 millions d’euros de 2024 sera battu. En France, le premier point d’entrée est le Comité Industriel Iter de l’Agence Iter France, avant le référencement auprès d’Iter Organization ou de F4E. "Une entreprise doit voir plus loin qu’Iter aujourd’hui. C’est toute une filière de fusion qui se bâtit", insiste Fabrice Raynal.