Le fret ferroviaire en Bretagne, «on en parle depuis vingt ans et très concrètement, il ne s'est pas passé grand-chose depuis. On peut même dire que la situation s'est dégradée», constate froidement Rémi Bilger, directeur général de la Chambre régionale de commerce et d'industrie de Bretagne. Pour autant, la CRCI, comme d'autres, croit toujours en ce mode de transport, qui reste aujourd'hui une goutte d'eau comparé à la route.
La route reste meilleur marché
Afin d'analyser la situation et élaborer un diagnostic, la chambre régionale pilote depuis un an une étude sur le sujet, en lien avec l'État, la Région, RFF et l'Europe. Les résultats de cette étude réalisée par le cabinet Samarcande viennent d'être publiés*. But principal de l'initiative: engager un grand mouvement breton autour du fret ferroviaire. «Il existe déjà des lignes de fret. Essentiellement des céréales qui rentrent en Bretagne, et un peu de matériaux de carrières», rappelle Rémi Bilger. Mais c'est encore trop peu: dans la région, 2,4millions de tonnes circulent par le fer chaque année, contre 160millions par la route... À quoi doit-on ce déséquilibre? D'abord aux industriels, qui ont vite fait le calcul. Même si la raréfaction du pétrole est inéluctable, tout comme les diverses taxes liées à l'environnement, le camion reste encore et toujours un moyen de transport extrêmement économique. De plus, la SNCF, qui s'est désengagée depuis plusieurs années du fret également pour des raisons économiques, a aussi sa part de responsabilité. Plus question désormais de faire affréter un wagon seul isolé. C'est par train entier. Conséquence, «il faut afficher des capacités de mutualisation de flux et d'organisation en Bretagne», résume Rémi Bilger. Et surtout anticiper une hausse probable du coût du pétrole. C'est l'objectif de l'étude.
Nécessité d'un schéma régional
Et en terme de mutualisation, justement, la Bretagne ne part pas de rien. À Montauban-de-Bretagne, par exemple, cinq coopératives profitent du fret ferroviaire depuis maintenant plusieurs années (lire plus bas). En parallèle, deux groupements d'acteurs privés - Combi Ouest et Feedsim Avenir - échafaudent des plans pour ?monter? des trains complets et surtout organiser la capacité de charger et décharger ces trains via des plates-formes (voir ci-contre). On l'aura compris, afin de se mettre en ordre de bataille, la Bretagne doit donc se constituer un véritable schéma régional du fret ferroviaire. L'étude de la CRCI a le mérite de contribuer à la réflexion. Reste à souhaiter désormais que le dossier ne reste pas au placard...
* Résultats de l'étude disponible sur www.bretagne.cci.fr
En réalisant une étude complète sur le sujet, la CRCI remet sur la table le dossier du fret ferroviaire en Bretagne. Objectif: sensibiliser tous les acteurs à ce qui deviendra peut-être à terme une nécessité.
Philippe Créhange