Quels sont les contours du territoire industriel rouennais ?
Lorsque j'ai commencé à m'occuper de l'industrie en 2007 à la CCI de Rouen, je me suis vite aperçu que le territoire de la CCI, qui est large et dépasse celui de la métropole, n'était pas suffisant pour définir un secteur industriel. Il fallait voir plus grand avec l'Axe Seine sur lequel les industries s'implantent majoritairement. Une réunion des vice-présidents en charge de l'industrie a alors été mise en place sur le territoire de l'Axe Seine, puis on a élargi à la Haute-Normandie. Pour nous, cela faisait sens de parler industrie sur un territoire de cette taille. Cette commission industrielle régionale a permis de construire des événements comme La semaine de l'industrie.
L'Axe Seine est-il un moteur pour les investissements ?
Depuis 2012, je suis président du Conseil de surveillance du port de Rouen. Cela m'a permis de conforter mon avis sur le sujet. Le port de Rouen va jusqu'à Honfleur, puis entre en contact avec Le Havre via Haropa. On voit bien les complémentarités. Des investissements lourds sont réalisés sur le port, lieu très industriel. Ainsi, 250 millions d'euros sont injectés dans l'approfondissement du chenal le long de la Seine. Le port réalise des bords à quai pour la société Double A qui va générer du transport de bois à hauteur de 500.000 tonnes par an minimum d'ici un an. Ce qui n'est pas négligeable sur les 23 millions de tonnes par an réalisés au port de Rouen. Parmi les investissements en cours je citerais aussi le nouveau silo Beuzelin pour un montant de 25 millions d'euros. En parallèle on peut également parler du très gros chantier du terminal multimodal du Havre. L'Axe Seine attire les investissements dans l'industrie. Rajouter à cela les feuilles de routes des CPER et CPIER (contrat de plan Etat-Région, Ndlr) et vous avez des investissements qui donnent de la visibilité.
Comment amplifier cette attractivité ?
L'association des Chambres travaille en collaboration avec le préfet Philizot en charge du développement de la vallée de la Seine pour préparer l'avenir. Il y a tout un travail de promotion de ce territoire Paris Seine Normandie à mener, sur le long terme. Une réflexion sur la mise en avant de nos atouts pour donner envie à des investisseurs d'être présents sur cet axe, port naturel de Paris.
Le titre de métropole va-t-il aider au développement de Rouen ?
Ce titre de métropole va donner à Rouen plus de visibilité, mais il ne faut pas s'attendre à des résultats immédiats. Et puis, des infrastructures importantes devraient arriver avec la future ligne Paris Normandie (LNPN, Ndlr) ou encore le contournement Est. En fonction de ça, je ne m'attends pas à des développements très rapides car lorsqu'il y a de l'incertitude sur les tracés, les gens ne prennent pas le risque de faire de l'aménagement. Le développement de l'industrie dans la métropole se réalise sur le secteur Seine sud, avec des projets de réindustrialisation un peu complexes. À l'ouest de Seine sud, l'activité est très portuaire et on trouve une zone en difficultés avec la fermeture de Petroplus ou encore le PSE en cours chez Chapelle d'Arblay. Mais, il y a des raisons. La raffinerie était ancienne et petite, à un moment donné, ça ne peut plus fonctionner. D'autant que la demande a diminué et que des raffineries sont construites ailleurs, près des puits, notamment en Arabie Saoudite car les dirigeants souhaitent disposer de la capacité de raffiner pour plus de valeur ajoutée. Comment lutter ? C'est une tendance lourde.
Êtes -vous confiant pour l'avenir du territoire ?
Ce type de fermeture comme les problèmes de Chapelle d'Arblay font beaucoup de bruit, alors que dans le même temps il y a des entreprises qui sortent de terre dans les domaines prometteurs comme l'éolien ou la marée motrice. Areva doit installer ses usines au Havre et des centaines d'éoliennes offshore vont être installées en Normandie. Le développement durable est un vecteur de développement fort. Il y a un mouvement de reconversion d'industries en marche. Chez Lubrizol nous avons par exemple modernisé notre outil de stockage pour l'automatiser entièrement et nos employés se sont adaptés à cette évolution. Des changements indispensables à l'évolution industrielle. L'innovation est importante pour l'industrie, elle la fait vivre et lui donne plus d'efficacité. Cela génère aussi de nouveaux emplois.
Le P-dg de Lubrizol France, Frédéric Henry, est également vice-président de la CCI de Rouen et président du Conseil de surveillance du Port de Rouen. Pour lui, le développement industriel de la métropole rouennaise passe par l'Axe Seine et les reconversions industrielles.