François Mateo : L'entrepreneur citoyen

François Mateo : L'entrepreneur citoyen

François Mateo est un homme discret mais de convictions. Cofondateur de la société grenobloise Coservit, installée en ZFU, il défend la mixité sociale en entreprise, dans un esprit citoyen. Anne-Gaëlle Metzger

François Mateo parle très vite, avec un fort accent de Béziers, mais avec le sourire. Il a grandi là-bas puis a fait ses études à l'Institut d'administration des entreprises de Montpellier. S'il le pouvait, il n'en dirait pas plus sur ses origines et son parcours. Il veut bien décliner son curriculum vitae, mais pas sa vie privée. Elle peut pourtant éclairer son parcours professionnel et ses choix d'entrepreneur. Il a cofondé la société Coservit, une PME de services informatiques, dans la Zone franche urbaine (ZFU) de Grenoble. Pourquoi dans ce quartier en particulier? «Quand on crée une entreprise, il faut être pragmatique, avec un business plan à tenir, et ne pas dépenser un euro tant qu'il n'y a pas un euro de rentré, explique François Mateo. Nous avons eu l'opportunité d'un local à loyer modeste dans ce quartier, ça a été le premier pas. Le deuxième, c'était un projet de citoyenneté. C'est super d'avoir des grands principes, mais quand vous êtes le patron, qu'est-ce que vous faites concrètement? Je crois beaucoup aux gens issus des quartiers et je n'ai pas d'a priori sur les origines. Être ici montre, à notre petite échelle, que ça marche; même si on n'a rien prouvé et que l'on est des nains!»




Des chromosomes d'entrepreneur

Et c'est là que l'on apprend que son père espagnol «a traversé la frontière» et que son «grand-père a fait la guerre et a été interné au camp autrichien de Mathausen. Après, tout dépend de comment on est éduqué et c'est chacun qui donne un sens à sa création» d'entreprise. Il admet «avoir des chromosomes d'entrepreneur. Mon père était maçon à son compte; un de mes frères a repris l'entreprise. Un père salarié ou patron, c'est différent, ça conditionne. Mais la décision de créer n'est pas simple; il y a besoin de gens de confiance avec qui partager. Et puis ça fait partie d'un plan de vie, avec une opportunité à un instant T.» Pour lui, l'occasion s'est présentée en 2006. Il était chez Hewlett Packard depuis six ans quand est intervenu un plan social. Il a choisi de partir et de s'associer avec trois collègues pour créer Coservit: Bruno Richoux, Jean-Luc Lecolletere et Laurent Dobin. Il avait commencé sa carrière comme commercial dans une PME de logiciels puis était passé responsable de la zone Moyen-Orient chez Alcatel. «J'ai beaucoup voyagé à cette époque, et j'avais déjà vécu auparavant aux États-Unis. Ça ouvre des portes dans le domaine culturel. Par exemple, aux États-Unis, la notion d'entrepreneuriat est très forte, c'est une valeur et les mecs n'ont pas peur de se remettre en cause. En France, le patron est un escroc ou un exploiteur... À l'inverse, là-bas, les gens sont moins attachés à leur entreprise. On ne peut pas tout avoir! Faire du business avec les gens du Moyen-Orient m'a aussi beaucoup appris. Les mecs sont francs du collier alors qu'en France, on tourne autour du pot. Là-bas, quand on a confiance, on fait affaires, la franchise et l'honnêteté sont importantes... Il faut être curieux dans la vie!»




Capitaine et entraîneur

François Mateo n'est pas seulement curieux, mais aussi modeste. Il dit accepter les interviews «pour faire parler de l'entreprise, pas de moi». De la même manière, quand Coservit a décroché le prix régional Talents des cités, ce sont les employés qui sont allés le chercher. «J'ai bien sûr monté le dossier avec eux et je l'ai défendu. Mais mon rôle de dirigeant est de faire connaître l'entreprise et que les employés se sentent concernés. J'ai fait du rugby; ça apprend la notion d'équipe. Je suis l'entraîneur et le capitaine, c'est à moi de faire en sorte que toute l'équipe pousse dans le même sens. Les employés sont d'ailleurs touchés quand on parle de l'entreprise. Derrière, il y a une motivation, un esprit d'équipe et, in fine, une reconnaissance de l'entreprise, pas du chef.» Et pour lui, «il en ressort des choses intéressantes. Tous arrivent avec le sourire, disent bonjour... C'est con, mais ils ne sont pas obligés! Il y a une certaine entraide dans l'équipe, une confiance, une franchise. Et personne n'a jamais démissionné, c'est un indicateur. Nous avons aussi des cooptations, ça montre leur engagement car on ne coopte pas quand on n'aime pas son entreprise.»