Poursuivre sa croissance sur un marché en souffrance, qui accuse près de 7 000 fermetures de cafés, hôtels et restaurants chaque année en France. Telle est l'équation à laquelle est soumise la filiale du groupe Heineken, 54 millions d'euros de chiffres d'affaires dans la région dont 26 millions d'euros dans le Rhône, en croissance de 12,6 % dans le département. Une équation d'autant plus difficile à résoudre que l'entreprise, acquise par le Néerlandais en 1996 a cessé de mener une politique de croissance externe. En troisième position derrière ses deux principaux concurrents, C10 (1,2Md€ de CA en France) et la filiale de Kronenbourg, Distriboissons (990 M€ de CA en 2015 sur le même périmètre) le groupe veut désormais marcher sur deux jambes : son coeur de métier qu'est la distribution, mais aussi les services à ses clients.
La nouvelle organisation logistique déployée depuis 2012 arrive à son terme. La plateforme a quitté Saint-Priest en 2013 pour s'installer dans le Marché de gros de Corbas après 811 000 euros d'investissement dans 7 800 m². Elle compte 114 salariés desservant 12 départements, en Auvergne-Rhône-Alpes et en Bourgogne-Franche-Comté, soit 5 000 clients locaux, 3 500 en Rhône-Alpes et 1 500 en Franche Comté. L'intérêt de cette refonte ? Augmenter le choix des boissons, prioritairement celles de la galaxie Heineken, qui sont désormais distribuées dans les recoins les plus reculés du territoire grâce à 5 dépôts relais : Roanne, Bourg-en-Bresse, Valence, Dijon et Besançon.
Procédures collectives
Le géant de la logistique, dont tous les métiers y compris chauffeurs-livreurs sont intégrés, se lance dans un nouveau secteur. France Boissons se positionne aujourd'hui comme une entreprise de services. Enjeu : aider ses clients à survivre voire à prospérer. De 200 000 bistrots en 1960, il en restait 41 000 en 2010. Et pour 2016, 6 200 établissements (cafés, hôtels et restaurants) sont en procédure collective. France Boissons déploie des trésors d'ingéniosité pour ralentir la dégringolade. « Nous avons toujours été des distributeurs, désormais nous faisons aussi savoir que nous portons des innovations pour nous démarquer de nos concurrents et accompagner une filière qui n'est pas en très bonne santé » indique Bertrand Cointy, directeur de Lyon. Ainsi France Boissons initie timidement des actions baptisées "Comptoirs et territoires" tenues à Montluçon dernièrement, pour sensibiliser les élus à l'importance de préserver des lieux de convivialité. La filiale s'est aussi lancée dans les prêts et le soutien financiers auprès de ses clients qui veulent rénover, agrandir ou même acquérir un établissement. « Plusieurs millions d'euros sont dédiés à ce soutien dans la région » avec un total de 195 millions d'euros d'encours déployés en France indique Bertrand Cointy. Autre sillon creusé par cette entreprise qui vient de fêter son cinquantenaire : l'aide à la professionnalisation.
Danone et Coca-Cola
Une association "Service en tête" revendiquant 600 adhérents se déploie tout doucement et se veut un outil de redynamisation des cafés-hôtels-restaurants en apportant des formations, des voyages business, des certifications qualité à ses membres, qui paient 600 euros par an de cotisation en plus des frais liés à des formation, déplacements etc. Heineken n'est pas seul à se lancer dans le soutien à la filière. « Nous embarquons avec nous des acteurs tels que Danone pour Évian ou Coca-Cola. Même s'ils réalisent la majorité de leur chiffre d'affaires dans les grandes et moyennes surfaces, ils comptent sur les bistrots pour véhiculer de leur image et tester de nouveaux produits » indique le directeur lyonnais.