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Financement de l'innovation : garder ce qui marche
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Financement de l'innovation : garder ce qui marche

La présentation de l’étude Innovation 2025 a nourri une matinée de tables rondes au siège du Medef à Paris pour réfléchir à la nouvelle donne nécessaire des dispositifs publics de financement des entreprises innovantes.

Innovation 2025 — Photo : Olivier Le Moal - stock.adobe.co - Olivier Le Moal - Olivier Le Moal

Chaque année le Medef, le Comité Richelieu (think tank des entreprises innovantes) et le groupe Epsa (optimisation de la performance des entreprises) publient leur baromètre des start-up, PME et ETI innovantes. Une enquête présentée mercredi 12 novembre à Paris, au siège du Medef, en ouverture d’une matinée de tables rondes sur la nouvelle donne attendue du financement de cette innovation. *

Menaces budgétaires

Un thème au cœur de l’actualité parlementaire et budgétaire qui a donné matière ces dernières semaines à des remises en cause notamment du Crédit impôt recherche (CIR — 8 milliards d’euros d’aides en 2024), du Crédit d’impôt innovation (CII) et du dispositif Jeune entreprise innovante (JEI), tous jugés par certains trop dispendieux pour l’État.

Certes, l’étude Innovation 2025 n’a pas vocation à refléter parfaitement l’état de l’opinion entrepreneuriale, puisqu’elle ne porte que sur 422 start-up, PME et ETI interrogées entre juillet et octobre 2025 sur les aides publiques à l’innovation, loin d’un sondage en bonne et due forme sur un échantillon représentatif. Toutefois, elle livre des pistes d’analyse que le monde politique doit prendre en compte à l’heure des recherches d’économies budgétaires.

Le Crédit Impôt Recherche plébiscité

Sans surprise les entreprises interrogées se disent ainsi majoritairement attachées à ces dispositifs, plus de la moitié d’entre elles étant notamment bénéficiaires du CIR. Un dispositif auquel elles reprochent néanmoins une trop grande complexité de mise en œuvre et un flou des règles d’éligibilité qui fait peser un risque important de redressement fiscal "sur simple avis d’un expert du ministère de la Recherche" dénonce Jeremy Chayon, expert financier. Ce que confirme Nicolas Voiriot, président du groupe normand Jacques Dubois (blindage électromagnétique pour l’aéronautique, la défense, le médical…) qui a dû batailler pour faire valoir le bien-fondé de son CIR un temps contesté. "Mais avec à la clef un contrôle fiscal" assène le dirigeant. Une "systématisation du contrôle fiscal des entreprises bénéficiant du CIR" que Boris Ravignon, maire divers droite de Charleville Mézières, ancien président de l’Ademe, chargé d’une mission ministérielle sur la simplification, juge anormal.

Simplifier les dispositifs

La demande est donc forte pour obtenir une simplification et une meilleure lisibilité des critères d’éligibilité du CIR mais également une simplification de tous les dispositifs de financement de l’innovation en gardant ce qui marche prône Anne Lauvergeon, présidente de la commission simplification du Medef. Car nous sommes aujourd’hui dans une "administration de l’innovation dans laquelle on se perd" met en garde Jean-Luc Beylat, président du pôle Systematic (pôle de compétitivité d’Ile-de-France sur les Deep Tech).

À charge pour les entreprises innovantes de bien connaître les dispositifs de financement auxquels elles peuvent prétendre (70 % des entreprises interrogées pour l’étude Innovation 2025 ne connaissent pas les dispositifs régionaux de financement de l’innovation qui les concernent), et les marchés qui leur sont ouverts en ciblant notamment les agences d’innovation-guichets uniques (défense, transport, santé). Mais attention, la défense par exemple, qui suscite aujourd’hui beaucoup d’intérêt, est difficile d’accès pour une start-up, car elle suppose l’obtention de licences spécifiques (matériel de guerre, partage de connaissances avec d’autres pays) met en garde Samuel Brau président de Drone Geofencing à Nîmes.

Comprendre la stratégie de l’État

Autres possibilités pour financer son innovation, accéder directement à la commande publique (ce que 57 % des répondants estiment encore difficile) et tenir compte des grandes orientations de stratégie industrielle de l’État pour reconvertir au besoin son business. Comme l’explique Thibaut Dentin directeur des affaires publiques de Lhyfe (producteur d’hydrogène vert et renouvelable des Pays de la Loire) qui réapprend le temps long industriel alors que l’État français, un temps focalisé sur l’hydrogène comme solution de mobilité, a subitement changé de trajectoire cette année en privilégiant désormais les projets industriels au titre du Plan France 2030.

Un plan qui arrive à son terme avec 46 milliards d’euros déjà engagés sur les 54 milliards prévus, explique son secrétaire général Bruno Bonnel venu conclure les travaux de la matinée. Y aura-t-il un Plan France 2040 ? Sans doute d’une façon ou d’une autre, confie l’ancien entrepreneur du numérique et de la robotique, qui insiste sur la nécessité d’utiliser l’innovation pour relever des défis sociétaux.

Une innovation encore grandement dépendante en France du financement public qui reste décisif pour faire vivre les projets et pour laquelle Bruno Bonnel appelle à libérer les énergies de la réglementation et de la norme en élargissant sa boîte à outils.

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