Le concept vient des États-Unis et reste encore confidentiel en France: le family office consiste à accompagner des groupes familiaux dans la préservation d'une génération à l'autre de leur capital financier, humain et social. «Plus qu'une affaire de surface financière, le recours au family office est particulièrement adapté aux situations patrimoniales complexes où se conjuguent patrimoine professionnel et privé avec tous les enjeux liés à leur transmission», explique Charles Bienaimé, membre du directoire de Meeschaert Family Office. Créée en 1935 à Roubaix par Émile Meeschaert, cette entreprise indépendante de gestion privée a développé son activité de family office à partir des besoins propres du groupe familial. Elle est présente en France mais aussi à New York et à Bruxelles.
Faire la synthèse
«Notre mission est d'offrir aux familles qui nous font confiance une vision consolidée de l'ensemble de leurs avoirs et de les accompagner dans leurs prises de décision, en toute indépendance», poursuit Charles Bienaimé. À partir d'un certain seuil, il devient difficile de faire la synthèse des informations émanant des banques, des avocats fiscalistes, des experts-comptables, des notaires, etc. L'âge peut aussi avoir des conséquences sur la célérité de traitement de l'ensemble de ces données. Inévitablement viennent à l'esprit les démêlés de Liliane Bettencourt. L'un des rôles d'un family office est justement la médiation intergénérationnelle. «Des problèmes d'influence, y compris de la part des enfants, peuvent se poser. Nous sommes dans le domaine des relations humaines, parfois même de la psychologie, souligne Charles Bienaimé. Les familles ont besoin de temps. Il est parfois nécessaire de discuter deux à trois ans pour définir une règle du jeu acceptée de toute la famille, qui se retrouvera tous les quatre à cinq ans pour refaire le point car rien n'est jamais figé.»
10.000 € par an
Le spectre d'interventions des family offices est très large. Il n'est pas question de se substituer aux experts habituels (notaires, avocats, etc.) mais de leur préparer le terrain. «Nous sommes dans la gouvernance», explique Charles Bienaimé dont le département dispose en interne de juristes, de fiscalistes et d'ingénieurs patrimoniaux. Un établissement de family office intervient soit de manière ponctuelle, avec des prestations à la carte facturées à l'heure, soit dans l'accompagnement sur le long terme avec un ensemble de prestations administratives, fiscales, la production de tableaux de bord, la mise en place d'une veille, etc. «Pour une surface de plusieurs millions d'euros, le coût annuel est d'environ 10.000 €, ce qui est finalement bon marché», explique Charles Bienaimé. L'activité, en France, n'est pas (encore?) réglementée d'où un flou qui peut entourer sa définition au regard de l'apparition du terme family office au sein des départements "gestion privée" d'établissements bancaires. «De grands établissements bancaires proposent du multifamily office tout en continuant à gérer les avoirs, ce qui est totalement antinomique», regrette Charles Bienaimé.