Quel passager se fierait à un pilote de ligne sur le point de tenter un atterrissage sans le moindre instrument de bord? L'exercice n'est certes pas impossible, mais pour le moins risqué. Surtout si les conditions météorologiques se dégradent et réduisent la visibilité de notre pilote. Autant alors faire confiance à un aveugle... Transposons cette situation dans le monde de l'entreprise. Un dirigeant peut-il vraiment prétendre à une bonne gestion s'il ne dispose pas d'outils qui vont l'aider à jauger l'état de santé de son affaire? Peut-il sérieusement envisager l'avenir sans disposer du moindre tableau de bord, ni de clignotants qui préviennent du danger? Difficile à imaginer, surtout lorsque les nuages noirs de la crise économique se montrent de plus en plus menaçants...
Et la culture financière alors?
Et pourtant, il semble que beaucoup de dirigeants se fient uniquement à leur feeling. «Je suis toujours surpris par le nombre d'entreprises qui ne disposent d'aucun outil de pilotage», constate Laurent Guilbaud, directeur du cabinet d'expertise comptable In Extenso Ouest Atlantique. Une situation qu'explique en grande partie la culture économique française, comme le relate Stanislas de Gastines, associé d'Ernst & Young: «Dans les pays anglo-saxons, les chefs d'entreprise ont toujours été très fortement orientés client, trésorerie et culture financière. A contrario, les PME françaises sont historiquement tournées vers le produit avec des managers plutôt bons techniciens. Depuis une quinzaine d'années, ils ont commencé à basculer dans une culture client. Mais leur culture financière, globalement, est encore clairement insuffisante.» Certes, tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. «Les belles PME régionales sont depuis longtemps plutôt bien gérées et leurs dirigeants manient très bien les notions d'indicateurs de pilotage», assure Luc Dupas, associé chez KPMG. La situation est loin d'être la même dans les plus petites structures, à commencer par les TPE. Comme en témoigne un ancien président de Tribunal de commerce: «C'est tout bonnement incroyable le nombre de dirigeants de petites structures n'ayant absolument aucun indicateur à nous présenter. Pour ceux-là, quand ils se présentent devant le tribunal, c'est beaucoup trop tard. On ne peut malheureusement plus rien faire pour l'entreprise.»
Le retour en grâce des ratios comptables
Il semblerait toutefois que les indicateurs commencent à (re)devenir à la mode. C'est du moins ce que constatent la plupart des cabinets d'expertise comptable interrogés pour ce dossier. Il ne faut pourtant pas y voir une soudaine passion pour la comptabilité de la part des dirigeants d'entreprise.Une raison beaucoup plus pragmatique explique cette situation: la crise économique sonne à la porte. Car «quand l'activité se porte bien, quand l'argent rentre et que la trésorerie est positive, les chefs d'entreprise ne se posent pas un certain nombre de questions. La mise en place d'indicateurs est alors tout sauf une préoccupation. Au contraire, elle le devient lorsque les temps se font plus durs», explique Éléonore Bohuan, de Strego. Et pour mesurer la bonne santé de l'entreprise, il n'y a pas trente-six solutions. Soit partir de l'analyse du bilan et des ratios financiers; cela donne une vision très précise de l'entreprise, mais de sa situation passée. Soit mettre en place des tableaux de bords mensuels ou trimestriels; ceux-ci donnent au dirigeant une vision du présent.
Quand les temps sont durs, mieux vaut garder un oeil attentif sur l'évolution de son entreprise, afin d'être en mesure de prendre les bonnes décisions dans les plus brefs délais. Pour cela, le chef d'entreprise peut s'appuyer sur deux types d'indicateurs: les ratios financiers tirés de son bilan annuel, qui permettent de jauger de la solidité passée de la structure; et les tableaux de bord, une batterie de clignotants à mettre en place en fonction des spécificités de l'entreprise, et qui permettent d'avoir un rapide état des lieux de la situation présente.
Dossier réalisé par Stéphane Vandangeon