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atécoère lance le troisième volet de son plan Boost, quels ont été les résultats des deux premières étapes ?
Nous avons d'abord restructuré financièrement le groupe, pour sortir de cette logique de réechelonnement de la dette : arrivée de nos actionnaires, réduction des deux-tiers de la dette, réinjection de 100 M?. Notre dette nette est de 60 millions d'euros aujourd'hui. Puis nous avons réduit les foyers de pertes récurrentes. Les premiers fruits ont été récoltés en 2015 avec un résultat opérationnel passé de 5 millions d'euros en 2014 à 24 millions d'euros en 2015.
Quel objectif avez-vous pour ce résultat en 2016 ?
Il faudrait avoir un cash flow après investissements d'environ 7 % du chiffre d'affaires, c'est-à-dire de quelque 50 M?. On sera dans les clous.
Quelle est la stratégie derrière votre plan Transformation 2020 annoncé le 7 juin ?
Nous avons analysé les forces et les faiblesses du groupe. Et dans un environnement concurrentiel qui a vu plusieurs mouvements dans la filière, nous voulons nous inscrire davantage dans une logique de systémier, plutôt que comme pur assemblier, avec trop peu de valeur ajoutée.
Quels sites industriels vont être touchés ?
Nous avons évalué la position de tous nos sites. La conclusion est double : il y a un besoin d'une taille critique et il faut que chaque site soit un centre de compétences dans un domaine d'expertise. Notre site de Gimont (Gers) deviendrait le site de référence sur les grosses pièces aérostructures. Les sites de Labège (Toulouse) et Liposthey (Landes) seraient les centres de compétences en meubles avioniques et harnais électriques. Le site de Tarbes (70 collaborateurs dont 34 en CDI) viendrait à être fermé car il est trop petit et concerné par des programmes en baisse de cadences comme l'A330 et l'A380. La production serait transférée pour une partie importante à Liposthey et nous proposerions à des collaborateurs de rejoindre ce site.
Latécoère souhaite par contre ouvrir un site à Toulouse ?
Un site neuf ouvrirait en région toulousaine pour y relocaliser la fabrication de pièces élémentaires. Ce centre de compétences en usinage, qui nécessitera 20 millions d'euros d'investissements, emploierait dès le départ plus de 100 salariés.
Un second site serait créé en Bulgarie ?
Oui, pour y transférer la production de petits assemblages disséminés aujourd'hui un peu partout. Ce site qui devrait démarrer au premier trimestre 2017 supportera toutes nos usines et sera très compétitif. Il sera proche de notre usine en République Tchèque.
Les 236 postes supprimés concernent quels sites ?
Surtout ceux de Périole et de Tarbes. Mais ce chiffre ne tient pas compte de l'impact du plan de départ volontaire. Il y a aussi des opportunités de reclassement interne : plus de 100 postes ne sont pas pourvus sur nos sites aujourd'hui en France. Même si cela implique des efforts de formation. Je compte aussi sur la mobilité externe. Nous avons engagé des discussions avec des sous-traitants aéronautiques dans la région pour identifier leurs besoins en personnel.
Quid de la cession de votre filiale Latécoère Services (+ 800 salariés, 107 millions d'euros de CA en 2015) ?
C'est à l'étude. Nous pensons que cette filiale est arrivée à un seuil. Il faut qu'elle acquière de nouvelles compétences et donc une taille critique, dans un marché qui se consolide depuis plusieurs années. Cela lui donnerait un nouvel élan. Mais tout dépendra du repreneur...
Comment doit se positionner l'entreprise d'ici à 2020 ?
Il faut nous positionner sur les nouveaux programmes aéronautiques en 2020-2025. Nous avons une carte à jouer comme expert de l'intégration structure/connexions électriques dans l'avion, outre nos positions actuelles de leader dans les portes, les meubles avioniques ou les harnais électriques.
Propos recueillis par Agnès Baritou
Aéronautique. Frédéric Michelland, directeur général de Latécoère, explique la mutation industrielle que doit entreprendre le groupe Latécoère pour renouer avec le succès. Cela passe par 236 suppressions de postes, un nouveau site à Toulouse et une stratégie redéfinie.