F : Hurel : «Unmillion d'auto- entreprises dans 5 à 10 ans»

F : Hurel : «Unmillion d'auto- entreprises dans 5 à 10 ans»

François Hurel est président de l'Union des auto-entrepreneurs (UAE), après avoir été l'auteur du rapport ayant abouti en janvier 2009 à l'établissement du régime de l'auto-entrepreneur. Celui-ci a déjà séduit plus de 300.000 Français. Et, il est, de l'avis de son créateur, promis à un bel avenir. Source de revenu supplémentaire, voire de revenu tout court, ce statut suscite aussi nombre d'inquiétudes dans le monde de l'artisanat. À l'occasion des forums organisés par l'UAE en régions, François Hurel a répondu aux questions du Journal des Entreprises. Propos recueillis par Adelise Foucault



Vous avez rédigé le rapport ayant donné naissance en janvier au régime de l'auto-entrepreneuriat. Pourquoi avez-vous accepté cette mission, quelles sont vos convictions?

J'ai une vraie sensibilité vis-à-vis des créateurs de petites entreprises et ce depuis des années. J'ai la conviction que c'est l'addition de la microéconomie qui fait le fleuve de la macroéconomie. J'ai créé et pris la direction de l'agence pour la création d'entreprises (APCE) en 2005. Mais, en parallèle, j'ai toujours été passionné par le sujet du travail indépendant. Hervé Novelli, secrétaire d'État chargé du commerce et de l'artisanat a fait appel à moi parce que nous partagions cette valeur commune. Il m'a missionné fin 2007 pour réaliser une série de propositions efficaces qui remettraient le travail indépendant au coeur de notre société. J'ai écrit ce rapport qui pour la première fois parlait d'auto-entrepreneurs.


Y a-t-il un statut équivalent dans d'autres pays du monde?

Non, le régime tel qu'il est à la française, n'existe pas ailleurs. Parce que je préside également le forum de l'entrepreneuriat à l'OCDE, j'ai pris connaissance des meilleurs statuts, des meilleurs régimes sur le travail indépendant. Le régime de l'auto-entrepreneur est le fruit d'un benchmark d'initiatives de différents pays du monde.




Quelles sont les spécificités de cette nouvelle façon d'entreprendre?

Il y en a trois. Pour la première fois, c'est un régime entrepreneurial qui peut être exercé à titre alternatif, cumulatif (à d'autres statuts, revenus, contrats, organisation...), ou exclusif. Il est extraordinairement simple à mettre en oeuvre, puisque l'inscription se fait en ligne en quelques clics. Enfin, c'est un régime qui se gère extrêmement facilement puisque les cotisations sociales et fiscales sont libératoires: elles sont pour la première fois calculées en fonction du chiffre d'affaires. On prélève les cotisations au fil de l'eau. Cela crée une originalité par rapport à tout ce que l'on connaissait en France: vous ne payez pas tant que vous ne gagnez pas.


Combien recensez-vous de personnes qui ont adhéré à ce statut à ce jour?

300.000. Nous enregistrons 1.500 demandes par jour...


Attribuez-vous ce succès à l'instabilité économique actuelle?

Ce qui devait être une réforme économique est en fait clairement une réforme sociétale. Bien au-delà de la conjoncture actuelle. Est-ce que la crise a joué un rôle dans cet engouement? Sûrement. Mais le régime de l'auto-entrepreneur, sans risque, appuie aussi sur un ressort très sensible: celui de la liberté professionnelle. Et on voit que les Français sont au rendez-vous de cette liberté.



Vous pensez que cet engouement sera durable?

Si vous comparez la densité entrepreneuriale de la France rapportée à sa population active, avec celle de ses voisins espagnols, italiens, anglais... On voit qu'en France nous avons 3millions d'entreprises, là où on devrait logiquement en trouver 4millions. Le million d'entreprises qui nous manque, ce sont à l'évidence des auto-entrepreneurs. Un chiffre qu'il est possible d'atteindre d'ici à 5 à 10 ans. L'auto-entreprise a donc de beaux jours devant elle. Je suis très optimiste.





Qui sont ces auto-entrepreneurs?


Selon une enquête d'OpinionWay révélée début décembre et réalisée auprès de 1.000 créateurs d'auto-entreprise, quatre auto-entrepreneurs sur dix sont des femmes. La moyenne d'âge est de 44 ans. Près de 50% des auto-entrepreneurs interrogés sont dans une situation de demandeur d'emploi. 55 à 65% des auto-entrepreneurs ont la volonté de devenir entrepreneurs. D'autres veulent rester auto-entrepreneurs, et continuer à cumuler cette activité à d'autres. C'est dans tous les cas un moyen qui générera des revenus annexes loin d'être accessoires. Si la moyenne aujourd'hui est de 775€ mensuels, nos auto-entrepreneurs espèrent atteindre les 1.500euros d'ici à l'année prochaine. Ce régime suscite donc de l'espoir.




Ce régime suscite également beaucoup d'inquiétudes, de la part des chambres de métiers notamment...

Il faut les entendre. Et le ministère les a entendues. Il a annoncé aux chambres de métiers le 8décembre dernier que les auto-entrepreneurs seront tenus, lorsqu'ils exercent une activité artisanale à titre principal de s'inscrire à une chambre de métiers, dans les trois ans qui suivront le début de leur activité. Le régime d'auto-entrepreneur ne remet pas en cause la notion de qualification, très importante.


Et en ce qui concerne une potentielle concurrence déloyale?


Il faut comparer des choses qui sont comparables. Un artisan ou un auto-entrepreneur qui réalise 32.000€ de chiffre d'affaires (le plafond autorisé dans le statut de l'auto-entreprenariat) ne paieraient pas plus de charges l'un que l'autre actuellement. Soulignons aussi que 70 à 75% des auto-entrepreneurs se lancent dans le domaine des services. Le coeur de métier artisanal ne représenterait que 7%. Pour être artisan, il faut des investissements, Vous ne pouvez investir quand vous êtes auto-entrepreneur puisque le régime fiscal ou social ne le permet pas. Vous ne déduisez pas les charges. Cela n'a donc pas d'intérêt.




Pourquoi était-il important de doter le régime d'une Union des auto-entrepreneurs?


Pour l'accompagner, appuyer le ministre dans toutes ses démarches. Mais aussi et surtout défendre les auto-entrepreneurs pour les protéger, les informer. L'UAE leur offre une prestation de service gratuite (avec des experts comptables, assurances, banques), pour répondre à toutes leurs questions. Ils peuvent s'inscrire sur notre annuaire. Un moyen d'officialiser son activité et de rassurer ses clients et partenaires. Nous entendons aussi accompagner ceux qui le souhaitent dans le développement de leur activité, en indiquant les contacts qui leur ouvriront une passerelle entre leur statut actuel et le monde de l'entrepreneuriat classique.