Qu’il déambule aux côtés des démineurs lors des JO de Paris, dans les allées du salon de l’agriculture ou devant François Bayrou au salon Global Industrie, le robot quadrupède canin E-doggy, créé par le groupe landais Evotech, a la cote.
Une usine pour industrialiser le chien robot
À tel point que la start-up landaise a déjà des centaines de demandes dans les tuyaux. Pour y répondre, Evotech planche sur un projet d’industrialisation. "J’ai signé pour la fabrication d’une usine qui pourra employer 70 à 150 personnes d’ici trois ans", annonce Anthony Gavend, fondateur et dirigeant de cette entreprise de 17 salariés. L’investissement, de l’ordre de 3 à 4 millions d’euros, devrait être abondé par une levée de fonds - en cours - de 6 à 7 millions d’euros.
"On vise des secteurs où il y a des chantiers dangereux, comme les travaux autoroutiers, la surveillance des sites industriels et logistiques ou des grandes galeries commerciales, par exemple", révèle Anthony Gavend.
"J’ai signé pour la fabrication d’une usine qui pourra employer 70 à 150 personnes d’ici trois ans."
Des JO aux poulaillers
Les différentes applications déjà actives d’E-doggy poursuivent leur déploiement. Les tests pour le déminage lors des JO se sont révélés plus concluants encore qu’espéré. "D’autres pays européens demandent aussi un déploiement", affirme le fondateur d’Evotech. La première phase du programme, qui a fait l’objet d’un contrat signé avec le ministère de l’Intérieur, a été renouvelée "avant un déploiement à plus grande échelle". Déjà présent dans trois centres de déminage (Paris, Lyon, Bordeaux), il vise notamment les 25 centres actifs en France.
Mais E-doggy ne fait pas que "renifler" les bombes : depuis peu, il rentre aussi les poules. Si la période de test a été retardée à cause de la grippe aviaire, elle redémarre doucement avec l’aide financière du groupe coopératif agricole landais Maïsadour (4 300 agriculteurs, 5 000 salariés, 1,3 milliard d’euros de CA), à l’initiative de la démarche.
Le robot, qui intègre une IA ajustant ses actions en fonction de la luminosité et de l’heure où le soleil se couche, répond à "une problématique forte pour leurs éleveurs : si la traite des vaches est aujourd’hui très robotisée, ce secteur-là ne l’est pas", précise Anthony Gavend. "Or, les premiers tests ont été concluants. Les éleveurs étaient sceptiques mais aujourd’hui, ce sont nos plus gros défenseurs parce qu’on vient leur enlever une contrainte", ajoute-t-il. Le robot devrait être vendu aux premiers d’entre eux dès la fin de l’année. Cela pourrait concerner "environ 300 éleveurs rien que pour Maïsadour."
Une solution à l’azote liquide contre les chenilles processionnaires
Le robot quadrupède n’est pas la seule carte d’Evotech. En février dernier, il a dévoilé une "innovation majeure pour l’agriculture durable" Elle repose sur les brevets et travaux de la société Cryodrones (basée à Nanterre), qui a développé un système de traitement des insectes nuisibles par cryogénisation à l’azote liquide.
Promettant une "neutralité environnementale" (l’atmosphère terrestre étant constituée à 78 % d’azote), la technologie est déployable sur un drone (ou… un chien robot). La solution espère être une alternative aux méthodes conventionnelles de piégeage et plus écologique que les biomolécules chimiques déjà existantes sur le marché.
Evotech en a réalisé toute l’interface technique et a décroché l’exclusivité commerciale sur le sud de la France "Cryodrones cherche potentiellement un autre acteur pour l’utiliser dans le Nord", souligne le chef d’entreprise.
La première cible de cette technologie sera la chenille processionnaire, espèce invasive dont la prolifération inquiète de nombreuses collectivités. Ces dernières sont d’ailleurs la clientèle ciblée par Evotech dans la commercialisation du dispositif. "Notre objectif est d’être prêts pour la saison prochaine, on va profiter de ce temps pour multiplier les axes de recherche vers d’autres nuisibles, comme les frelons asiatiques", poursuit Anthony Gavend.
"Un poids lourd industriel du secteur"
Enfin, le dirigeant d’Evotech l’assure, d’autres innovations sont à l’étude. "Une dizaine de nouveaux produits sont en cours de développement dans nos différentes filiales", révèle Anthony Gavend, citant notamment l’agilité gagnée grâce à son bureau d’études Shield Robotics. "On n’a pas des millions à rembourser parce qu’on a construit la technologie du chien robot avec très peu de moyens, en internalisant tout, ce qui nous a permis de réduire drastiquement nos coûts". Le chemin est clair : devenir "un poids lourd industriel du secteur". Ayant dépassé le million d’euros de chiffre d’affaires, Evotech espère atteindre 15 à 20 millions d’euros dans trois ans.