Le 7 mai dernier dans les salons du ministère de l'Écologie et du Développement durable, la mine réjouie du P-dg de GDF-Suez, Gérard Mestrallet, tranchait sensiblement avec celle nettement plus sombre du directeur général d'EDF Énergies Nouvelles, Antoine Cahuzac. Après s'être vu attribuer lors du premier « round » sur l'éolien en mer les parcs de Saint-Nazaire (44), Courseulles-sur-Mer (14) et Fécamp (76), la filiale du groupe dirigé par Henri Proglio s'est fait griller la politesse par son concurrent de toujours. Au-delà de la guerre (économique) fratricide qui se joue entre les deux énergéticiens français sur le front des énergies renouvelables, la victoire de GDF-Suez et de ses alliés industriels à l'occasion de ce second appel d'offres est un véritable soulagement dans la région. Tant du côté des élus qui attendent des retombés économiques à court terme pour le territoire, que pour les entreprises normandes engagées dans une dynamique de constitution de filière qui prend corps.
6.000 emplois directs et indirects en France
En attribuant à GDF-Suez les parcs du Tréport et de Noirmoutier-l'Ile d'Yeu, le gouvernement a de facto validé le projet industriel d'Areva qui promet de créer plusieurs milliers d'emplois dans les dix années à venir, dont l'essentiel en Haute-Normandie. Côté chiffres, le consortium lauréat (constitué de GDF-Suez, Areva, Neon Marine et EDP Renewables) évoque quelque « 6.000 emplois directs et indirects » liés à l'implantation des deux parcs. S'agissant des emplois directs, Areva a de longue date annon
cé son intention d'implanter au Havre deux usines : l'une d'assemblage de turbines et l'autre de fabrication de pales d'éoliennes qui doivent accueillir un peu moins de 1.000 personnes en phase de production. Des sites dimensionnés pour traiter la demande « hexagonale » dès 2018 mais aussi et surtout pour se donner les moyens de ses ambitions à l'export, notamment sur le marché britannique aujourd'hui plus mûr que le marché français
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Areva implantera son centre de R & D à Rouen
Également confirmé par Luc Oursel, le P-dg d'Areva, l'implantation à Rouen (Technopôle du Madrillet) du centre de R & D d'Areva Wind qui devrait employer à termes une centaine d'ingénieurs chercheurs. À ce propos, le président du conseil régional Nicolas Mayer-Rossignol (PS) confirmait dans la foulée des annonces ministérielles la tenue d'une « réunion technique fin mai au Madrillet (Saint-Etienne du Rouvray) pour préparer l'arrivée d'Areva ».
L'élu voit même plus loin et imagine déjà « un grand pôle R & D de l'éolien en mer, posé et flottant qui réunissent les grandes écoles françaises et étrangères qui ont des compétences dans le domaine des énergies ». Un projet sur lequel la collectivité se dit prête « à investir massivement » ! « Une filière se constitue ; cela va prendre du temps, mais les perspectives à termes, sont celles de la création d'un futur pôle de compétitivité sur l'éolien dans notre région », se risque même le président de région. « L'eco-système est là ! » Même si tout se joue dans un contexte de rude concurrence entre les territoires. Un jeu dans lequel la Haute-Normandie n'est pas seule à faire valoir ses arguments.
Un véritable lobbying international
Dès les annonces faites par Ségolène Royal, le président de la collectivité régionale prenait sa plus belle plume « pour adresser un courrier à toutes les entreprises françaises concernées par l'éolien offshore ainsi qu'à toutes les fédérations nationales européennes pour les inviter à investir en Haute-Normandie ». Parallèlement, un courrier était adressé « aux ambassadeurs de France en poste dans les pays importants pour l'éolien (Allemagne, Belgique, Chine, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède, Italie, Irlande, Norvège, Brésil, Japon, USA !) pour présenter et faire connaître les atouts industriels et le savoir-faire haut-normands ». Les élus locaux qui avaient clairement parié sur la victoire de GDF-Suez et d'Areva veulent donc désormais retirer les fruits de leur engagement : « il faut que cela profite aux haut-normands, aux entreprises et à leurs salariés », justifie Nicolas Mayer-Rossignol. Même son de cloche du côté de la (future) métropole rouennaise où Frédéric Sanchez (PS) salue l'implantation du centre de R & D d'Areva sur le Technopôle du Madrillet, ainsi qu'au Havre où Édouard Philippe (UMP) se félicite de cette avancée décisive dont les retombées industrielles seront avant tout... Havraises. À noter dans ce satisfecit général, la voix concordante d'Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) dont le président de groupe au conseil régional, David Cormand, salue le fait « que le gouvernement ait décidé de suivre l'avis de la Commission de régulation de l'énergie » en choisissant l'offre « la plus aboutie et la plus intéressante pour notre région en termes d'impacts économiques et industriels ». Séduits par le choix de l'éolienne 8 MW d'Areva autant que par « la qualité de la concertation réalisée depuis plusieurs années avec les acteurs locaux », les écologistes préviennent néanmoins qu'ils sauront être vigilants tout au long de l'avancement du projet. Sans attendre, GDF-Suez et ses partenaires ont créé deux sociétés, l'une à Rouen, « Les Éoliennes en mer de Dieppe-Le Tréport » et l'autre à Nantes, « Les Éoliennes en mer de Vendée », pour engager les études de sites et études environnementales sur les deux zones qui se dérouleront jusqu'au 1er semestre 2016.
Guillaume Ducable
En attribuant au consortium mené par GDF-Suez les parcs du Tréport et de Noirmoutier-l'Ile d'Yeu, le gouvernement a validé les options industrielles envisagées par Areva pour son déploiement dans la région.