Début février, la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, était à Bordeaux pour signer une convention tripartite entre l'État, la région Aquitaine et le Rectorat de Bordeaux. Chacun s'est engagé à mettre en place des actions de sensibilisation et de communication pour promouvoir la mixité filles garçons dans les filières et les métiers, à promouvoir l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes dans le monde de l'entreprise et à inciter les TPE et les PME locales à recruter des femmes notamment dans des secteurs dits peu féminins.
10 % de femmes cadres en Aquitaine
Car en Aquitaine comme ailleurs en France, les chiffres sont éloquents : parmi les 1,6 million de femmes, la moitié est employée, une sur quatre exerce une profession intermédiaire et seulement 10 % sont cadres. Les emplois tenus par les femmes sont en grande majorité dans le domaine éducatif et social, le commerce et les services. Seules 20 % de filles s'orientent vers les filières sciences et technologiques contre 42 % des garçons.
Dans ces secteurs, le déséquilibre se retrouve dans le monde de l'entreprise quand il
s'agit de recruter des femmes à des postes d'encadrement.
Filières scientifiques et techniques peu féminisées
Marie Christine Leblanc dirige APuissance3, une entreprise spécialisée dans la fabrication d'instruments de mesure et de contrôle à Saucats : « J'aimerais recruter des femmes ingénieurs dans mon entreprise mais malheureusement nous manquons de ressources ! Il n'y a pas de réticence des entreprises à embaucher des femmes à ces postes. Simplement à compétences égales, il n'y a pas de candidates et en tant que femme chef d'entreprise, je ne fais pas mieux que mes collègues hommes. Le taux de féminisation dans les formations mécaniques, électroniques ou informatiques est très bas et j'avoue que je ne me l'explique pas. Il faut travailler à changer l'image de nos métiers dès le secondaire. Pour moi, on peut très bien être une femme et travailler dans les métiers techniques. » Muriel Seignier, responsable RH chez Véolia propreté Aquitaine ne dit pas autre chose. « Dans nos métiers, la collecte des déchets ménagers et industriels, il y a seulement 20 % de femmes. Ces métiers ont une image dure, physique or c'est de moins en moins vrai mais il y a un problème de perception. Les représentations sont dures à briser. C'est dommage car les femmes qui tentent l'expérience de nos métiers, s'en sortent très bien. Et en tant qu'employeurs, nous sommes aussi très satisfaits car la mixité des équipes est importante et appréciée. »
Travailler sur la confiance en soi
D'où l'urgence à travailler sur l'image de certains métiers auprès des jeunes filles mais aussi de leur donner plus de confiance en elles pour tenter par exemple les filières techniques mais aussi tout simplement pour oser les postes à responsabilité et enfin briser le plafond de verre. Pour Brigitte Audy, directrice Orange Sud-Ouest, « les femmes ont souvent un problème de confiance, un manque d'assurance dans leurs capacités à être à la hauteur notamment quand on leur propose un poste à responsabilité. Souvent elles ont la pression car elles ont aussi une famille à gérer. C'est compliqué. Tout le monde n'a pas l'âme d'une "working girl" mais je suis d'avis que si une femme souhaite évoluer, il faut lui donner les moyens de ne pas être pénalisée parce qu'elle est femme. Le club 50/50 que j'ai créé au sein de la direction Sud-Ouest est un peu là pour ça. » Ce club qui a reçu le Trophée Emploi-Bordeaux de l'entreprise citoyenne dans la catégorie diversité - égalité des chances/mixité professionnelle, est un réseau interne de femmes cadres chez Orange Sud-Ouest. En dehors de tout poids hiérarchique, c'est un espace d'échange informel entre femmes où chacune peut s'exprimer librement, échanger sur ses expériences, comment elle concilie vie privée et professionnelle. L'idée est de dépasser les obstacles comme le manque de confiance et d'affirmation de ses ambitions, le syndrome de la « bonne élève », les réflexes d'autocensure... D'autres grandes entreprises comme SNCF, BNP Paribas ou la Caisse des dépôts ont également mis ou vont mettre en place des initiatives de ce genre. « Les femmes sont peu enclines à réseauter, se désole Brigitte Audy. Or je suis persuadée que le réseau est très important pour saisir des opportunités. »
Nouveau réseau : Elles connect
Une autre Bordelaise en est également persuadée, c'est Wanda Laurent, conseillère municipale à la mairie de Bordeaux, déléguée pour la création d'entreprises et le développement des structures d'accueil pour les entreprises. Elle vient de lancer Elles connect, une plateforme collaborative de type réseau social professionnel financée par la Caisse des dépôts. Son rôle : faciliter les mises en relation et proposer des services web innovants : veille partagée, communautés, agenda des événements professionnels, cartographie dynamique des réseaux et des talents...
Dépasser les obstacles comme le manque de confiance et d'affirmation de ses ambitions, le syndrome de la "bonne élève", le réflexe d'autocensure, et travailler à changer la perception que peuvent avoir les jeunes filles de certains métiers, autant verrous à lever pour les femmes et l'entreprise.