Connaissez-vous l'acteur Liu Ye ? A moins d'être un amateur éclairé du cinéma asiatique, a priori non. Et pourtant, son intronisation, le 31 mars en tant qu'Ambassadeur du Tourisme de la Côte d'Azur en Chine, constitue pour le territoire un formidable vecteur de communication auprès du grand public chinois, l'influente star cumulant quelque 50 millions de followers. «
Quand on sait que 90% des destinations se choisissent sur internet et les réseaux sociaux... » L'oeil du directeur du CRT azuréen, Eric Doré, pétille. Car, au-delà du symbole, l'enjeu économique est de taille. En volume évidemment, rappelons que la Chine compte 1,4 milliard d'habitants, mais aussi en pièces sonnantes et trébuchantes : le touriste chinois dépense en moyenne 173€ par jour, l'Américain 140€, le Français, 60€.
Deuxième destination
Depuis les années 2000 et la libéralisation des visas, le peuple du Milieu s'ouvre progressivement au tourisme. Première destination européenne, la France a accueilli 1,7 million de séjours de Chinois en 2014, soit 23% de plus qu'en 2013. Si Paris en capte l'essentiel, la Côte d'Azur arrive en deuxième position avec 116.000 séjours en 2015 (+29%). C'est certes loin derrière la capitale mais l'ouverture d'une ligne aérienne directe entre les deux territoires pourrait équilibrer la donne. En témoigne le bond de 40% de la fréquentation touristique Tchèque, l'année de l'ouverture de la ligne Prague-Nice. Cette «
anomalie anachronique incroyable », dixit Dominique Thillaud, président d'Aéroports Côte d'Azur, serait en passe d'être réglée, assure-t-on. Dès 2017, semble-t-il. En attendant, l'ensemble de la destination s'organise.
Formation indispensable
A Nice (29.000 séjours en 2014), la clientèle chinoise fait l'objet d'une attention particulière depuis 2010 et l'escapade du président Hu Jintao. «
Cette visite, très médiatisée en Chine, nous a fait gagner plusieurs années de promotion », indique Denis Zanon, directeur de l'Office de Tourisme (OT). Et a certainement participé au choix de la capitale azuréenne pour accueillir, en mai 2015, la convention du groupe Tiens durant laquelle 6.500 de ses collaborateurs ont formé la plus grande phrase humaine sur la Promenade des Anglais. «
La clientèle chinoise demande une adaptabilité forte des acteurs touristiques », prévient le directeur de l'OT, dont la communication digitale, par exemple, est réalisée en Chine, par des Chinois pour les Chinois. «
Le gap culturel est lourd et le besoin en formation indispensable ». Le 8 avril dernier, à l'invitation du CRT Côte d'Azur, la directrice d'Atout France Grande Chine est ainsi venue livrer quelques clés aux professionnels touristiques. La salle était comble. Même les acteurs azuréens de la croisière se penchent sur la question. Aujourd'hui encore embryonnaire, le marché chinois représenterait demain un potentiel de 83 millions de croisiéristes, soit plus du triple du nombre de croisiéristes dans le monde en 2015. Et, à l'aéroport, un stand d'accueil dédié a été mis en place, l'accès wi-fi élargi et un accord noué avec l'organisme bancaire China UnionPay. «
Des petits détails qui font la différence », sourit Dominique Thillaud.
Chasse en meute
Car la bataille est rude. D'où la multiplication des voyages de prospection à Pékin et Shanghai, mais aussi dans des villes secondaires, moins convoitées par les destinations concurrentes comme Canton, ou limitrophes à l'instar de Taiwan et Singapour. Chaque marque territoriale organise ses propres missions, toutefois elles se regroupent régulièrement pour aller chasser en meute. Représentants économiques, touristiques, culturels et politiques font ainsi «
une démonstration de puissance de l'offre azuréenne », selon Denis Zanon. De grandes opérations de relations publiques où il s'agit, aussi, de rassurer. «
Depuis le Bataclan, on sent des signes d'inquiétude qui peuvent impacter le flux. » Si le directeur ne se prononce pas sur la fréquentation touristique chinoise en 2016, l'objectif annoncé par le président du CRT David Lisnard est bien d'atteindre les 200.000 séjours en 2018. «
La dynamique est en marche », repend Eric Doré, d'autant que la Côte d'Azur accueille quelque 5.000 étudiants chinois sur lesquels elle entend, là aussi, capitaliser.
Gaëlle Cloarec
La Côte d'Azur fait les yeux doux à la clientèle chinoise. Et pour cause, en six ans, le nombre de séjours touristiques chinois a triplé pour atteindre les 116.000 en 2015. Une dynamique que le territoire entend bien accélérer, en allant chasser en meute...