Qu'on se le dise : les élus consulaires ne sont pas des Bonnets Rouges ! L'accueil réservé au ministre de l'Économie Emmanuel Macron le 18 septembre dernier à la Maison de la Chimie aura, certes, été glacial, mais néanmoins « Républicain ». Réunis en assemblée générale extraordinaire, les représentants des CCI avaient invité le ministre pour lui redire tout le bien qu'ils pensent de la réforme mitonnée par son prédécesseur, Arnaud Montebourg, et qui vise pour l'essentiel à ponctionner les chambres à hauteur de 37 % de leurs ressources actuelles sur les trois années qui viennent. Après s'être exprimé dans une ambiance « glaciale mais digne », souligne le président de la CCI de Dieppe Dominique Garçonnet présent comme l'ensemble de ses homologues normands, le ministre a quitté la scène dans un silence de mort. Ultime manifestation de la mauvaise humeur des élus consulaires qui n'ont pas de mots assez durs pour qualifier les choix du gouvernement.
« Le coup de marteau est trop fort »
« Assassinat », « coup de poignard », « incohérence »... Le florilège est à l'image de l'état d'esprit qui règne aujourd'hui au sein des chambres et que résume ainsi le président de la CCI du Havre Vianney de Chalus : « le coup de marteau est trop fort ! On risque de casser un outil au service des entreprises ». Concrètement, après avoir raboté de près de 20 % les ressources des CCI en 2014, l'État ne propose rien de moins qu'une « ponction » de 40 % supplémentaire sur les trois ans à venir, calculée sur les fonds propres des chambres arrêtés à fin 2012 ! « Une double peine », lâche un élu consulaire, puisque le calcul se base sur des ressources dont beaucoup de CCI ne disposent plus, en raison de leurs investissements d'une part, comme de la baisse mécanique de leurs ressources du fait de la crise. Seule certitude à l'issue du discours d'Emmanuel Macron à la Maison de la Chimie : le gouvernement ne reviendra pas en arrière. Ou à la marge. « Le projet est quasiment bouclé », reconnaît Dominique Bruyant, le président de la CCI d'Elbeuf, qui navigue comme ses collègues « entre rage et déception ». « Si le projet est maintenu en l'état, cela entraînera une révision drastique de notre fonctionnement et de l'organisation des services rendus aux entreprises », prévient-il. « Nous avions fait des réserves pour investir sur Port Ango... Elles vont être ponctionnées ». Au total, la CCI elbeuvienne devra s'acquitter dès 2015 d'un prélèvement supplémentaire de l'ordre de 1,5 million d'euros. Un exemple parmi d'autres. À Dieppe, Dominique Garçonnet ne décolère pas contre une taxe « rétroactive qui se base sur ce qu'étaient nos ressources en 2012 ! ». Et le calcul est vite fait : « aujourd'hui, si on nous prélève sur les fonds de roulements à leur niveau de 2012, c'est 2 millions d'euros au bas mot ; le problème c'est que nous ne disposons plus que de 800.000 euros en trésorerie ! » Sur un budget annuel de 4 millions d'euros, la CCI qui percevait hier 3,2 millions de ressources fiscales n'en touchera demain que 2,7 millions.
Même son de cloche ou presque au Havre où l'État « nous réclame de l'argent que nous n'avons plus », explique Vianney de Chalus. « On va nous prélever 7,5 millions d'euros en 2015 au titre de 2012 ». Des fonds dont la CCI ne dispose plus selon son président qui liste les investissements réalisés pour la pépinière de Saint Romain de Colbosc, le Centre de formation du Pays d'Auge ou encore le dispositif de prêts à taux zéro à destination des entreprises. Au final, la chambre peut compter sur 11 millions d'euros de recettes, sachant que « 80 % de nos charges sont des charges de personnels ». Le président de la CCI de Rouen Christian Hérail confirme le chiffre et prévient : « cela ne se passera pas sans réorganisation, car les CCI ne pourront pas payer ! »
Des locaux bientôt mis en vente ?
Des réductions d'effectifs inévitables, des services rendus aux entreprises en nombre réduit et des équipements dont les chambres ne seront plus en mesure d'assurer la gestion, assurent en coeur les présidents de CCI. Jusqu'à la vente de certains locaux, voire de sièges de CCI évoquent certains en interne. C'est déjà le cas à Fécamp. Seule note d'espoir dans ce marasme ambiant, la réorganisation en marche des CCI normandes, qui, au 1er janvier 2016 ne constitueront plus que cinq pôles autour de Rouen, Caen, Le Havre, Evreux et Cherbourg, chapotés par une seule et unique chambre régionale -déjà largement à l'oeuvre- CCI Normandie. C'est la condition, espèrent les consulaires, d'une nécessaire solidarité entre les chambres, prévue pour 2016, qui pourrait se concrétiser dès 2015 pour éviter la liquidation des plus fragiles. « La solidarité fonctionnera entre les chambres », veut croire Jean-Pierre Désormeaux, le président de CCI Normandie. Ce qui n'évitera pas aux CCI une profonde réflexion sur la manière dont elles devront demain remplir leurs missions avec moins de moyens. D'ailleurs, « le travail est déjà en cours ! »
Guillaume Ducable
Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron l'a redit devant les élus des CCI réunis en AG extraordinaire le 18 septembre dernier : les Chambres vont devoir se serrer la ceinture. Au risque de réduire comme une peau de chagrin leurs moyens d'action.