Emploi : Quand les intérimaires polonais viennent à la rescousse de l'industrie locale
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Emploi : Quand les intérimaires polonais viennent à la rescousse de l'industrie locale

François Hollande l'a promis : un milliard d'euros va être débloqué pour financer 500.000 formations professionnelles, "liées branche par branche, région par région aux besoins des entreprises". En ligne de mire, ces milliers de postes vacants non pourvus chaque année dans les entreprises en développement alors que les demandeurs d'emplois encombrent les bancs de Pôle emploi. Illustration de cette inadéquation criante entre l'offre et la demande chez Bennes Marrel dans la Loire. La PME, constructeur de bennes acier pour poids lourds, prévoit une montée en charge de ses commandes. Pour faire face, elle doit recruter soudeurs et chaudronniers. Le hic ? Elle n'en trouve pas et fait appel, depuis un an, à des intérimaires polonais.

« Ce n'est pas une démarche facile, je n'y suis pas allée de gaieté de coeur. Ce n'est pas agréable d'aller chercher des salariés à l'étranger quand on a autant de chômeurs près de chez soi ». Rachel Le Pevedic évoque son recours à des soudeurs et chaudronniers intérimaires polonais. Avec des regrets pour les chômeurs français, mais sans honte.




Pas de candidats

« Je n'ai pas le choix pour le moment ! Nous avons tout essayé : Pôle emploi, le Bon Coin, le bouche à oreilles, les écoles... Nous n'avons pratiquement aucune candidature ! ». La directrice de Bennes Marrel à Andrézieux Bouthéon dans la Loire (80 salariés ; CA 2015 : 9,5 M€; constructeur de bennes acier pour les TP notamment) et directrice financière de sa maison mère Benalu dont le siège est dans le Pas-de-Calais (300 salariés ; CA 2015 : 70 M€ ; constructeur de bennes aluminium) l'explique ainsi : « Très peu de jeunes sont formés chaque année sur ces métiers de soudeurs et de chaudronniers. Le peu qui sortent des écoles peuvent choisir des entreprises plus prestigieuses, dans l'aéronautique par exemple. Pas des PME comme les nôtres où les marges sont extrêmement serrées et les salaires pas forcément mirobolants ». Rachel Le Pevedic assure ainsi avoir tenté toutes les pistes de recrutement possible avant de se résoudre, l'année dernière, à accepter l'offre d'une agence d'intérim polonaise. « C'est une pratique assez développée en Bretagne. Via le bouche à oreille, j'ai pris contact avec une agence. Nous avons déjà onze soudeurs polonais. Avec la hausse de l'activité qui se dessine grâce à une diversification de nos gammes et à un redémarrage de l'activité, nous en attendons une douzaine d'autres pour les jours à venir ».




Coût équivalent

Formés et expérimentés, ces travailleurs détachés polonais seraient, selon la dirigeante, facilement intégrés et rapidement opérationnels. Pour un coût équivalent à des salariés français. Rachel Le Pevedic détaille : « Ils ont le même salaire et le même temps de travail que les autres salariés. En revanche, les cotisations sociales sont payées en Pologne, elles sont beaucoup moins élevées évidemment que dans une agence d'intérim française. Mais l'agence polonaise facture des frais pour le voyage et l'hébergement de ces salariés. Au final, nous sommes sur le même niveau de coût qu'avec des salariés français. L'économie sur la main-d'oeuvre, ce n'est absolument pas ce qui motive notre démarche ! ».




Signal à prendre en compte

Christophe de Menthon, directeur territorial délégué de Pôle Emploi Loire, reconnaît que les métiers recherchés par Bennes Marrel sont en extrême tension. Après vérification avec ses services, il confirme : « Ils ont une offre d'emploi chez nous depuis le 2 novembre qui n'a toujours pas trouvé preneur. C'est un délai extrêmement long. Quelques mises en relation ont été faites par l'agence locale mais pas énormément c'est vrai ». Selon le directeur adjoint, pour remédier à ces problématiques de pénuries, il faut encore développer la formation, et notamment les " préparations opérationnelles à l'emploi ", ces formations sur mesure pour des recruteurs ciblés. Et communiquer plus largement auprès des jeunes sur les métiers de l'industrie. « On connaît ce phénomène des travailleurs détachés pour le BTP mais très honnêtement, je n'en avais encore jamais eu connaissance pour l'industrie dans la Loire. C'est un signal qu'il faut prendre en compte et qui montre qu'il est urgent de revoir notre système de formation et d'apprentissage », réagit Éric le Jaouen, président du Medef Loire.




Formations sur mesure

Car, outre l'aberration de cette démarche quand le sol français fourmille de chômeurs, la question de l'efficacité pour l'entreprise bénéficiaire pose question. Selon la directrice de Bennes Marrel, ces salariés polonais n'effectuent en effet que des missions plus ou moins longues. « Ce ne sont pas des recrutements pérennes. Il s'agit juste d'une solution transitoire ! ». L'entreprise ligérienne réfléchit donc à d'autres alternatives, plus durables. Parmi elles, des formations sur mesure.

En partenariat avec l'agence d'intérim Selpro, deux sessions de formation ont été organisées, avec le Lycée du Marais à Saint-Étienne. « Des jeunes demandeurs d'emploi suivent huit semaines de formation puis intègrent l'entreprise comme intérimaires pendant quelques mois pour parfaire leurs compétences. Ensuite, nous les embauchons en CDI ». Sur les sept jeunes formés sur la première session d'avril 2015, cinq sont aujourd'hui embauchés en CDI chez Bennes Marrel. Les quatre nouvelles recrues de la deuxième session (octobre 2016) sont actuellement en intérim et seront titularisées dans les prochains mois. Une autre formation doit démarrer dans les prochaines semaines. « Cette formation nous coûte 1.000? par personne. C'est un investissement important pour nous, mais nécessaire. Car si nous ne pouvons pas produire, nous perdons de l'argent », regrette Rachel Le Pevedic. Selon la Direccte, les entreprises rhônalpines ont fait appel à 32.000 salariés détachés en 2014. « Les secteurs les plus demandeurs sont le BTP, l'agriculture, l'hôtellerie/restauration... », signale Jean-Pierre Berthet, responsable du Pôle Travail à la Direccte Auvergne Rhône-Alpes, qui constate néanmoins une montée en charge dans le secteur industriel.






www.bennesmarrel.com

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