Sans gaz, pas d'engrais azoté. Cette réalité, le négociant et fabricant d'engrais Eliard SPCP à Pontivy ne peut pas l'ignorer. Lui qui évolue dans un pays, la France, ridiculement pauvre en matières premières par rapport à la Russie, l'Égypte, le Maroc, l'Arabie Saoudite, le Canada ou même certaines zones des Caraïbes. Le gaz, qui est cher à acheminer, représente 78% du coût de revient de ses engrais. Eliard SPCP observe donc de très près le projet d'usine bretonne du spécialiste de la méthanisation et du traitement des effluents Akaeno.
Excédents bretons qui attirent
Attirée par les excédents de matière organique bretons, cette filiale du groupe SPTI cherche en effet à construire dans la région une usine. Une unité capable de produire des solutions azotées et des engrais minéraux à partir de digestat, ces résidus ultimes issus de la méthanisation. De quoi traiter, chaque année, 50.000 tonnes de biomasses agricoles et agro-industrielles. Alimenter un moteur de deux MégaWatt. Et, surtout, produire 5.000 tonnes d'engrais minéraux. Après s'être heurtée à des riverains pour son projet à La Harmoye, au sud ouest de Saint-Brieuc, Akaeno ne renonce pas à s'implanter dans le secteur. Philippe Lorcy, président du directoire d'Eliard-SPCP, lui, milite pour que ce projet voie le jour à Pontivy. «Cette unité nous permettrait un approvisionnement français pour alimenter notre usine Fertemis près de Reims», explique-t-il.
Fluctuations du dollar
Une option qui permettrait aussi à Eliard-SPCP de mieux contrôler ses coûts financiers. Sur un marché des engrais de plus en plus volatil, de plus en plus proche de la versatilité des cours du blé. Un métier très exigeant en termes de logistique industrielle. Avec des engrais qui ne sont réellement consommés par les agriculteurs que quatre mois sur douze quand les usines, elles, fonctionnent toute l'année. «Le métier devient compliqué quand le dollar est en dents de scie par rapport à l'euro», remarque Emmanuel Drilhon, président du conseil de surveillance, qui contrôle 94% du capital avec sa famille. Pour piloter en maintenant une rentabilité, Philippe Lorcy doit donc avoir un oeil sur un ensemble de paramètres complexes: bourse, taux de change, cours du blé, taxes douanières, antidumping... «La France pèse pour seulement 1% du marché des engrais», observe Philippe Lorcy. «Un marché concentré à 90% par cinq pays, dont la Chine, qui produit 52% des engrais mondiaux, en consomme 50% mais ne les utilise que sur 7% des terres arables du monde. Ils sont en train de lessiver leurs terres, c'est pour cela qu'ils en achètent autant à l'extérieur de leurs frontières.»
Quand l'Inde dope les prix
En Inde, dans un but de conquête de l'autonomie alimentaire, le prix d'achat des engrais est subventionné. «Avant la crise, ce budget était supérieur à celui des arméesen Inde», poursuit Philippe Lorcy. «Lorsqu'ils ont décidé de le supprimer, les prix des engrais ont été divisés par deux voire par cinq dans certains cas.» Après le cataclysme boursier de 2008, Eliard-SPCP avait vu son chiffre d'affaires divisé par deux en 2009. «La baisse des prix unitaires s'est retrouvée associée à une faiblesse de la consommation. Ce qui peut sembler paradoxal mais la distribution avait accumulé des stocks très chers qu'elle devait prioritairement écouler», note Philippe Lorcy. Sur son métier de volume, Eliard SPCP doit créer la valeur ajoutée par son système d'emballage, d'agrégation et de vente.
Des synergies commerciales sont en oeuvre avec Fertemis, Eliard-SPCP ne réalisant que 11% de son chiffre d'affaires avec les semences et seulement 4% à l'export. À Pontivy sont concentrées les fonctions sièges (contrôle de gestion, ressources humaines, direction, comptabilité) des différents sites du groupe basé à Luitré près de Fougères, Saint-Malo, Nantes ou Reims. Avec une capacité totale de stockage de 40.000 tonnes et 500 clients, négociants ou coopératives tels que Triskalia, la Cecab ou Terrena.
ELIARD SPCP/FERTEMIS
(Pontivy) Président du directoire: Philippe Lorcy Chiffre d'affaires 2011: 78,6millions d'euros Effectif: 79 personnes Tél.: 02 97 25 65 59.