Economie sociale : L'Alsace cherche la voie
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Economie sociale : L'Alsace cherche la voie

Une récente convention d'objectifs doit poser les bases de l'essor de l'économie sociale et solidaire, encore peu développée en Alsace malgré une image "humaniste".

L'humanisme rhénan n'est-il qu'un concept manié avec habileté par nos élus? Si l'économie sociale et solidaire (ESS) est l'un des rameaux de cet humanisme, alors force est de constater que le chemin qu'il reste à parcourir est encore long. Cette façon de faire du business ne représente en effet "que" 10,5% des emplois dans la région, soit un peu moins de 70.000 en valeur absolue. «On est dans la moyenne nationale», explique simplement Pierre Roth, directeur de la chambre régionale de l'ESS. À ce titre, la convention triennale d'objectifs récemment signée entre la Région et les instances représentatives de l'ESS sonne comme un espoir de lui donner toute sa place sur le marché. Présidente de la commission ad hoc au sein du Conseil régional créée l'an dernier, Christine Zuber souhaite, à travers cet acte, «préparer l'avenir et sensibiliser le grand public à cette forme d'économie».




Placer l'homme avant le capital

«L'ESS, c'est une autre forme d'économie positionnée sur le marché, comme les entreprises traditionnelles», insiste Pierre Roth, «ce sont des entreprises qui sont aussi là pour gagner de l'argent et seule l'utilisation des résultats diffère». En clair, il n'est pas question ici de rémunérer le capital, mais, par exemple, de financer des actions de solidarité.




«L'ESS n'est ni de gauche, ni de droite»

Une mutuelle peut ainsi choisir de mettre en place un fonds permettant de maintenir les droits de salariés licenciés qui, du coup, ne cotisent plus. «Le mode de gouvernance, très démocratique, est également différent: nous associons au maximum les salariés, sociétaires ou clients détenteurs du capital à la prise de décision», poursuit Pierre Roth. Une autre forme de communisme? «L'ESS n'est ni de gauche, ni de droite», assure-t-il, «c'est de l'économie». Et sans passe-droits: seuls les emplois d'associations conventionnées bénéficient de subventions, ainsi que ceux inclus dans des programmes de réinsertion professionnelle. «Nous touchons 9.680euros par an d'aide publique par Équivalent temps plein en insertion», tempère Michel Sexauer, P-dg de Scoproxim, entreprise de nettoyage basée au coeur du Neuhoff, à Strasbourg. Un chiffre qu'il dit stable depuis 10 ans, «alors que le Smic a augmenté de 40% sur cette période». Une somme qu'il confronte également à son budget formation: 11% de sa masse salariale, financé à 80% sur fonds propres. «L'argent n'est pas une finalité», explique le dirigeant, «c'est un moyen de faire tourner l'entreprise et de donner du travail». La Scoproxim est une SA à conseil d'administration où l'on préfère parler d'associés plutôt que d'actionnaires. Nombre d'entreprises alsaciennes connues ont opté pour des statuts de Scop ou de mutuelle: Alsalait, la Fonderie de la Bruche, Mader, Génie climatique de l'est ou encore les plus célèbres Coop d'Alsace, Crédit mutuel et Mut'Est. Les acteurs de l'ESS espèrent que ces exemples et la convention signée permettront l'éclosion de nouveaux projets.

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