Installé à Sallaumines sur un site de 19 hectares, dont 40.000 m² couverts, le constructeur carrossier Durisotti réalise un tel travail sur-mesure sur les quelque 23.000 véhicules qui sortent de son site chaque année, qu'on pourrait presque dire qu'il fait dans la dentelle. Mais c'est plutôt le lin qui a la préférence du groupe industriel. Tourné depuis quelque temps vers l'innovation, le constructeur carrossier a mis au point en 2015 des carrosseries recyclables en lin. Une innovation présentée et primée l'année dernière lors du salon Solutrans, à Lyon, et qui s'apprête à être déployée. « La majorité des produits composites sortant de chez nous vont passer en lin dans les quatre ans à venir », annonce d'ores et déjà François Loor, président de Durisotti.
Des premiers véhicules en lin dès septembre
En attendant, les premiers véhicules en lin sortiront des ateliers du groupe nordiste dès septembre. Des véhicules qui seront destinés aussi bien à des TPE, PME que des grands groupes. Et à peine sur le marché, cette innovation a suscité l'intérêt : « Certains clients nous ont demandé l'exclusivité sur le lin quand cette innovation est sortie. Mais ce n'était pas envisageable : le lin n'est pas pour nous un nouveau produit mais une nouvelle orientation industrielle de l'entreprise », souligne le dirigeant. Celle-ci va permettre au groupe industriel d'offrir de la valeur ajoutée à ses clients, en diminuant par exemple le poids du véhicule ou en s'inscrivant dans une démarche RSE. Le lin est aussi un argument pour gagner de nouveaux clients, notamment en Europe du Nord « qui est davantage sensible à l'écologie pragmatique, comme en Hollande, en Belgique, en Allemagne, en Suède... », note encore le dirigeant. Il précise ensuite que ces matériaux en lin « ne changeront ni les fonctionnalités originelles du véhicule, ni son coût pour le client ». En revanche, le coût sera plus important pour le constructeur carrossier : « Mais c'est pour moi le sens de l'histoire. Si on ne prend pas des dispositions aujourd'hui, ce sera trop tard. Dans les années à venir les produits issus du pétrole vont devenir chers... Par ailleurs, nous allons travailler en circuit court car la France et la région sont de grandes productrices de lin et les procédés que nous avons développés vont nous permettre de gagner en efficacité. »
Cap sur l'innovation
L'innovation est un chemin que Durisotti entend bien poursuivre. Le groupe industriel a déjà mis au point un nouveau brevet, qui concerne cette fois les véhicules de transport de personnes à mobilité réduite. « Les capitonnages seront chauffés grâce à un film intégré, ce qui permet de maintenir la chaleur de manière uniforme dans le véhicule », explique le dirigeant. Une innovation qui fait suite à des remarques de clients sur l'inconfort thermique des passagers, notamment en hiver : « Les personnes à mobilité réduites sont plus sensibles aux variations de température. » Et là encore, cette innovation sera généralisée dans les véhicules concernés dès septembre. En 2015 comme en 2016, Durisotti est sur un rythme d'investissements total, R&D compris, allant de 5 à 5,5 % du chiffre d'affaires. Celui-ci s'élevait en 2015 à 35 M?, en croissance de 10 % par rapport à 2014, le tout avec 234 salariés permanents auxquels viennent s'ajouter des apprentis et des intérimaires. François Loor indique par ailleurs que l'exercice 2015 n'a pas été rentable mais « presque à l'équilibre » et que l'exercice devrait donc être bénéficiaire. « Nous avons un lourd passif à rembourser », explique François Loor. Touché de plein fouet par la crise de 2008 après une phase d'investissements importants, le constructeur carrossier est sorti en juillet 2013 d'une procédure de redressement judiciaire et renoue depuis avec la croissance.
Une industrie intégrée
Si le groupe industriel joue aujourd'hui la carte de l'innovation, c'est parce que son organisation le lui permet. Pour transformer des véhicules, depuis l'utilitaire jusqu'au poids lourd, Durisotti a recours à de nombreux métiers qu'il a choisi d'intégrer : travail du métal, du bois, électronique, maintenance, sérigraphie, etc. « Sans être intégré comme nous le sommes, ce serait plus compliqué de faire de l'innovation. Nous avons besoin des compétences en interne », affirme avec conviction François Loor. Une intégration qui lui permet d'ailleurs de gagner en réactivité. Enfin, depuis 2,5 ans, Durisotti mise également son développement sur la sous-traitance industrielle : « Nous étions en surcapacité industrielle par rapport à notre production et nous l'avons donc mise à disposition d'autres entreprises ». Le groupe industriel a ainsi travaillé avec la start-up Unéole, pour ses pales d'éoliennes en lin, avec Décathlon, Plast-up ou encore pour les domaines agricoles, ferroviaires, etc.
Élodie Soury-Lavergne
L'enjeu Basé à Sallaumines, le constructeur carrossier Durisotti mise sur l'innovation. Des véhicules en lin sortiront dès ce mois-ci de ses ateliers : une manière de séduire les clients, actuels comme potentiels, mais aussi de s'adapter à la pénurie future de pétrole.