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Du fonds d'indemnisation pour les victimes de l'Erika à CIBS, le parcours atypique de Sylvie Riva
Témoignage Morbihan # Services

Du fonds d'indemnisation pour les victimes de l'Erika à CIBS, le parcours atypique de Sylvie Riva

Codirigeante de l'entreprise CIBS (Cloisons Isolation Bretagne Sud) à Saint-Avé (30 salariés), Sylvie Riva a structuré, en 2000, le bureau Fipol (fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures) de Lorient aux côtés de Merry Jacquemin. Retour sur une expérience, entre attaques au tractopelle et pression médiatique.

« On ne sort pas indemne d'une aventure aussi mouvementée. C'était aux côtés de Merry Jacquemin, figure emblématique lorientaise, l'ancien courtier maritime devenu représentant du Fipol, le fonds d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures, et notamment des victimes de l'Erika », se souvient aujourd'hui Sylvie Riba, désormais codirigeante de l'entreprise CIBS (Cloisons Isolation Bretagne Sud) à Saint-Avé.

« Après la marée noire, j'ai été sollicitée un peu par hasard par une connaissance commune rencontrée dans un club nautique. Je sortais des assurances, dans un service de gestion de sinistres au Gan à Brest. Tout était à faire. Il a fallu structurer le service, physiquement, encadrer les experts dans chaque domaine de compétence, recruter. De deux permanents, les bureaux du Fipol de Lorient sont montés à six puis sept personnes au plus fort des indemnisations. Mon rôle, sous la direction de Merry Jacquemin, a consisté à assurer la coordination entre la collecte des demandes, le travail des experts et les restitutions de dossiers. Du Finistère à la Vendée, jusqu'à 7 500 demandes ont été enregistrées. Il a fallu s'entourer. Ne serait-ce pour gérer les appels téléphoniques incessants à certaines périodes. Mais aussi pour s'entourer de compétences dans les trois langues officielles du Fipol [anglais, français, espagnol, NDLR]. »

Le plus dur... et les meilleurs souvenirs

« Le plus difficile ? Les délais impartis à la fin de la mission. On avait trois ans pour déposer les demandes mais qu'un pour proposer les indemnisations. C'est tenir cette échéance qui fut le plus lourd à gérer. Les échéances, mais aussi la pression médiatique... sans parler des assauts récurrents des collectifs de victimes. Je n'ai pas toujours compris cela. Nous nous sommes retrouvés pointés du doigt alors que notre job était d'indemniser. Nous avons été perçus parfois comme le pot de fer, on nous a fait endosser ce rôle alors que nous devions tirer au clair des dossiers parfois complexes, faire le tri entre les activités déclarées et celles qui ne l'étaient pas. Je me souviens notamment des assauts au tractopelle et des lendemains qui déchantent à travailler en plein hiver, avec des mitaines, dans des locaux dévastés... Ambiance surréaliste. On a travaillé aussi au milieu des tentes sauvages, occupées par les opposants ! Mes meilleurs souvenirs ? Le fait de se dire qu'au final, quoi qu'on en pense, le fonds d'indemnisation a contribué au relèvement des filières du tourisme, de l'ostréiculture, de la pêche... Et le jour où M. Jacquemin m'a demandé de l'accompagner à Londres pour expliquer au Fipol comment on avait structuré le fonds d'indemnisation lorientais. On s'est entendu dire que notre bureau était celui qui coûtait le moins cher et qui était le mieux géré. Après la mission, lors du Prestige, j'ai été sollicitée pour former pendant huit jours l'équipe du Fipol à Bordeaux. Je suis partie du Fipol à la fin de ma mission, en 2004. »

« Je pense n'avoir rien fait d'extraordinaire, mais cette expérience m'a marquée et a aussi structuré ma façon de travailler aujourd'hui : je suis très rigoureuse, très organisée. Plus encore qu'avant. C'est sûrement cela, l'héritage de mon passage au Fipol. Aujourd'hui, la page du Fipol est tournée. »

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