En se dotant dès 2012 d'un cadre réglementaire relatif à l'usage des drones, la France a pris un sérieux coup d'avance. Et si une quinzaine d'autres pays lui ont emboîté le pas, l'Hexagone conserve la tête. Dans son dernier recensement, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) référence en effet une soixantaine de constructeurs et plus de 1.200 opérateurs de drones.
En Rhône-Alpes, la filière compte une centaine d'acteurs (constructeurs, assembleurs, opérateurs, organismes de formation) avec une forte concentration dans le département de l'Isère. Une spécificité sans doute liée à la topographie du département (montagnes et espaces vierges propices à l'utilisation de drones) et aux compétences locales disponibles en matière de composants électroniques et de logiciels embarqués. Squadrone system fait partie des pépites régionales du secteur. Fondée il y a tout juste un an par six associés, la start-up grenobloise, qui emploie aujourd'hui dix salariés, a mis au point un système intelligent permettant au drone de suivre une cible en mouvement en toute autonomie.
Une technologie qui pourrait trouver preneur chez les sportifs, les cinéastes amateurs ou tout simplement le grand public friand de selfies originaux. L'industrialisation sera lancée en mars pour une commercialisation cet été. Plus de 2.500 machines ont déjà été précommandées (1.200 euros pièce) dont une grande partie via un site de financement participatif qui a permis à l'entreprise de lever 1,3 M?. « En 2015, nous visons la vente de 5.000 drones, soit 4 millions d'euros de chiffres d'affaires », souligne Antoine Level, président et co-fondateur de Squadrone system. Objectif pour 2017 : 30 millions d'euros de chiffre d'affaires.
Encore peu de commandes
Squadrone system est positionnée sur un segment grand public relativement mature. Mais, d'une manière générale, le business des drones est encore balbutiant. « Beaucoup de grands donneurs d'ordres français font actuellement des tests mais n'ont pas encore passé de commandes », observe Antoine Level. Conséquence : certaines entreprises souffrent déjà. C'est le cas du Grenoblois Delta drone. Créé en mars 2011, ce pionnier du drone civil a été contraint, faute de résultats, de supprimer la moitié de ses emplois (soit 34 postes) au cours de l'année 2014.
« Delta drone avait un modèle intéressant, mais le marché n'était pas encore là », résume Antoine Level. Le mois dernier, l'entreprise a tout de même annoncé l'acquisition de 50,1 % des parts de la société sud-africaine Cap minerals Africa (130.000 euros de CA), prestataire de services et de distribution d'équipement auprès des groupes du secteur minier. En attendant que le marché du drone mûrisse, la filière a commencé à se structurer. Ainsi, une Fédération professionnelle du drone civil a vu le jour en 2013. Elle regroupe à ce jour 310 adhérents. Des événements professionnels dédiés commencent également à naître. L'un d'entre eux, baptisé " Drones en Rhône-Alpes " a été initié en octobre dernier en Savoie par le cabinet lyonnais de conseil en stratégie de marque Systemd. « On s'est rendu compte que le marché était constitué de petits acteurs, explique le dirigeant de System d, Pierre-Emmanuel Danger. Nous avons voulu créer un rendez-vous afin de les associer autour d'une réflexion. »
Essentiellement des TPE
La structuration de la filière est d'autant plus nécessaire que la majorité des acteurs sont financièrement fragiles : « on estime que 80 % des entreprises du secteur sont des TPE de moins de trois salariés ou des auto-entrepreneurs », confirme Isabelle Vanneste-Hello, secrétaire générale de la fédération professionnelle du drone civil. La plupart des opérateurs se sont lancés dans la prise de vue par drone, un marché aujourd'hui bien pourvu.
En revanche, « les secteurs de l'industrie et de l'agriculture n'ont pas encore trouvé leurs opérateurs », constate Isabelle Vanneste-Hello. Ces créneaux de niche nécessitent une montée en compétences que tous les pilotes de drones ne sont pas prêts à faire. Frédéric Antras, délégué du cluster Aerospace se montre, quant à lui, plus sceptique. « Le marché du drone est profondément immature. Nous sommes sur un phénomène de mode qui reste au final très marginal. » Selon lui, l'introduction de drones dans l'espace aérien sera limitée par les coûts engendrés qui grèveront la rentabilité de certaines applications et par la nécessité de techniques de pointe (systèmes anti-collision...) qui restent à mettre au point.