"Au nord de la Loire, faire du tourisme n’est pas forcément simple. C’est pour cela que nous nous sommes hyper bien équipés." En une phrase, Arnaud de La Chesnais résume la philosophie qui guide depuis près de cinquante ans le développement du Domaine des Ormes, à Épiniac (Ille-et-Vilaine), au cœur de la campagne bretillienne.
Invité des Forces Françaises de l’Industrie Rennes Bretagne, le 17 juin, à Liffré, le président du directoire du domaine familial a partagé devant une cinquantaine de patrons et dirigeants sa vision de l’entreprise, de l’investissement et de l’innovation. Un parcours singulier dans un marché où, souligne-t-il, "les grands groupes financiers (Capfun, European Camping Group..., NDLR) ont aujourd’hui la main sur la plupart des grands complexes touristiques".
Une réussite bretonne à contre-courant
Avec 25 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, 250 salariés en équivalent temps plein (et jusqu’à 400 en pleine saison), le Domaine des Ormes résiste, tel le village d’Astérix oppressé par les Romains. Il fait même mieux que ça. Avec un camping, un hôtel, des cabanes dans les arbres et des lodges, le domaine situé près de Dol-de-Bretagne et du Mont Saint-Michel constitue l’une des plus grandes structures touristiques de Bretagne. Sur 250 hectares de verdure, il offre une capacité d’hébergement de 4 000 places. Et de nombreuses activités récréatives autour (golf, piscine, poneys…) "On est un filet, on retient le vol des perdreaux vers le Sud", sourit ce fils d’agriculteurs, débrouillard, aussi à l’aise dans la conduite d’une pelleteuse que pour promener ses clients VIP en hélicoptère pour apprécier le domaine et la côte d’Émeraude là-bas, au loin.
Arnaud de La Chesnais a 10 ans, en 1977, quand il voit ses parents, Yvonnick et Catherine de La Chesnais, accueillir les premiers campeurs sur d’anciens champs de l’exploitation familiale. Suivront un hôtel, un golf, un spa, un restaurant… Avec ses deux sœurs, il a poursuivi l’œuvre familiale, "en se démarquant et en innovant". Sa marque de fabrique à lui ? Les cabanes dans les arbres. Elles voient le jour au début des années 2000. Les touristes y accèdent en tyrolienne. Il y en a 24 aujourd’hui. Le concept et le procédé de fabrication de ces cabanes perchées à 11 mètres du sol ont séduit des exploitants touristiques jusqu’au Canada.
L’innovation comme moteur
"Je ne suis pas ingénieur, mais un peu ingénieux", s’amuse Arnaud de La Chesnais. "Les rêves sont des projets hors norme. Il faut simplement trouver les bons interlocuteurs pour les concrétiser", complète-t-il. L’un de ces paris prend forme en 2019 avec l’ouverture d’un vaste dôme aquatique et ludique de 4 500 m².
Une décision prise après une rencontre avec Jean-Paul Legendre, ancien président du groupe rennais de BTP éponyme. "À l’époque, cet investissement représentait quasiment l’équivalent de notre chiffre d’affaires annuel. Si je m’étais trompé sur le procédé technique du complexe, nous ne serions probablement plus là aujourd’hui", confie le dirigeant. Le projet a pu voir le jour grâce à la confiance de chefs d’entreprise locaux dont la mise de fonds supérieure à 2 millions d’euros (derrière un système d’obligations non convertibles, NDLR) a fini de convaincre les banquiers de compléter le tour de table financier. Plus récemment, le domaine a achevé, en 2024, la construction d’une orangeraie pour l’accueil de séminaires d’entreprise. Un dernier complexe de divertissement médiéval, à 10 millions d’euros, vient aussi de voir le jour.
Résister et préparer l’avenir
Comme de nombreuses entreprises touristiques, le Domaine des Ormes a traversé des périodes complexes : crise du Covid, contrôles fiscaux, procédures administratives ou encore complexité croissante des autorisations d’urbanisme. "Créer un camping aujourd’hui serait probablement impossible", estime Arnaud de La Chesnais. Pour autant, l’entrepreneur continue de fourmiller d'idées pour équiper encore davantage son vaste complexe. Il imagine désormais faire évoluer progressivement le domaine vers une forme de parc à thème. Dès cet été, cavaliers et cascadeurs viendront enrichir l’expérience proposée aux visiteurs. Sans ambition de rivaliser avec le Puy du Fou, en Vendée, qu’il qualifie d'"excellence" en matière de parcs de loisirs, Arnaud de La Chesnais entend poursuivre ce qui fait la singularité du Domaine des Ormes : surprendre, innover et continuer à grandir sans renier son ADN familial.