C’est un projet de longue haleine que la coopérative Distro, basée à Plérin (Côtes-d'Armor), vient de concrétiser avec la création d’un nouveau réseau de bouteilles consignées. Un projet porté depuis 2015 par un collectif de brasseurs dans un cadre associatif, qui se sont finalement regroupés en coopérative en 2022. "Nous avons lavé et réemployé plus de 400 000 bouteilles en deux ans, et nous menons régulièrement des prestations d’accompagnement et de conseil autour des contenants", retrace Uisant Créquer, son président. De quoi occuper quatre salariées à temps plein, et viser un chiffre d’affaires de 450 000 euros en 2025, contre 150 000 l’année passée.
45 producteurs fédérés
Un essor corrélé à la montée en puissance de leur système de bouteilles consignées, qui fédère aujourd’hui 45 acteurs bretons. Parmi eux, une vingtaine de brasseries finistériennes connues telles que Brasserie de Bretagne ou Brasserie du Bout du Monde. Mais également des producteurs de jus et un réseau de 68 points de collecte, à travers des distributeurs partenaires comme Biocoop.
6,7 millions d’euros dans un groupement d’achat
Récemment, 38 producteurs se sont rassemblés pour créer un groupement d’achat. Au total, ils ont investi 4,2 millions d’euros pour créer leur filière de réemploi, auxquels s’ajoutent 2,5 millions d’euros de subvention dans le cadre de l’appel à projet ReUse porté par l’éco-organisme Citeo. De quoi financer l’achat de 57 millions de bouteilles consignables et réutilisables jusqu’à 40 fois, mais aussi l’utilisation d’étiquettes écoconçues qui s’enlèvent facilement au lavage, la prestation de lavage ou encore l’accompagnement technique de Distro.
"Une véritable demande sociale"
"Il y a une véritable demande sociale pour le retour de la consigne, et les gros producteurs de notre réseau ont connu une hausse sensible de leurs ventes sur ce segment", souligne Uisant Créquer. "Nous arriverons aussi bientôt à un volume suffisant pour concurrencer le prix des bouteilles neuves", poursuit-il.
Soutien des élus locaux
Des arguments qui ont notamment fait mouche du côté des élus nord finistériens, qui en ont fait la promotion auprès des producteurs de leur territoire par l’entremise du G4DEC, leur service partagé d’économie circulaire et de réduction des déchets. "La réduction des déchets est bien souvent créatrice d’emplois locaux. Pour chaque unité de matière, on génère bien plus d’activité économique", résume Maël Thomas, chargé de mission.
Incitations écologiques, économiques et légales
"Je pratiquais déjà la consigne depuis huit ans par conscience écologique, même si ça me coûtait plus cher. En mutualisant l’achat des bouteilles, passer par Distro va me permettre de réduire les coûts", commente Simon Claden, qui dirige la microbrasserie du Coureur de Grève à Plounéour-Trez. "Les brasseries ont fait le premier pas, l’enjeu sera désormais de développer les points de collecte dans les magasins et d’encourager les consommateurs à ramener leurs bouteilles vides", estime-t-il.
Une incitation qui pourrait être renforcée, côté producteurs, par la loi antigaspillage pour une économie circulaire (AGEC) qui prévoit des sanctions pour les mauvais élèves. "Elle avait fixé l’objectif à 10 % de réemploi en 2022. On en n’est qu’à 1 %… Il y a encore du chemin !", conclut Uisant Créquer, qui organise actuellement une levée de fonds de 175 000 euros sur la plateforme Citoyens financeurs afin de continuer à développer le réseau Distro.