Dieppe-Newhaven : Bras de fer sur la Manche

Dieppe-Newhaven : Bras de fer sur la Manche

collectivités Le Département a commandité une étude auprès de cabinet Ernst & Young avant de décider de l'avenir de la liaison Transmanche dieppoise.

L'immobilisation début mai auHavre du Côte d'Albâtre, l'un des deux navires de Transmanche Ferries opérés par l'armement LD Lines, a été mal vécue du côté du département de la Seine-Maritime qui en est propriétaire. Certes, son jumeau, le Seven-Sisters, continue d'assurer les deux rotations quotidiennes entre Dieppe et Newhaven prévues par la Délégation de Service Public (DSP) signé le 3mars 2007 pour une durée de sept ans, moyennant une compensation annuelle de 14,5millions d'euros payée par le département. Mais les partenaires ne semblent plus sur la même longueur d'ondes. Le président du Conseil général, Didier Marie (PS), est monté au créneau début mai. Tout en reconnaissant que «l'exploitation de la ligne est totalement garantie» avec le professionnalisme et la fiabilité attendus, celui-ci regrette «une décision unilatérale du délégataire qui n'est pas contestable en droit». Didier Marie souhaite que le Côte d'Albâtre reprenne du service et assure un troisième service axé fret entre les vis-à-vis historiques. Une solution naturellement poussée par les Dieppois, et notamment le maire de la ville, Sébastien Jumel (PC).




Une proposition «irréaliste»

«Avec un seul ferry sur Dieppe-Newhaven en 2010, nous avons traité un trafic analogue à celui de l'année précédente avec deux unités en lice, soit 250.000 passagers, 80.000 véhicules, et 38.000 pièces de fret» indique Christophe Santoni, le directeur général de LD Lines, l'armement délégataire, qui juge financièrement irréaliste la proposition des élus seinomarins. D'autant que la crise économique particulièrement sévère au Royaume-Uni a ravagé le marché transmanche. Les résultats 2010 sur le détroit montrent des chutes de trafic de l'ordre de 40%. Dans un contexte de baisse de la Livre, la raréfaction du fret et des passagers entraîne une guerre tarifaire que vient exacerber la surcapacité de l'offre. Avec d'inévitables conséquences sur le segment Manche centrale où LD Lines a pris position avec détermination dès 2005 entre LeHavre et Portsmouth où le Côte d'Albâtre était affrété en 2010. De retour auHavre en avril, avec un pavillon francisé pour l'occasion, le Norman-Spirit (2) qui offre une capacité de 1.200 passagers assure désormais cette ligne au côté du navire rapide Norman-Arrow qui effectue la traversée en 3h30. Du coup, le Côte d'Albâtre est sur la touche, en situation de prendre le relais du Seven-Sisters en cas de défaillance. Le Conseil général constate que depuis 2001 «l'aventure transmanche a déjà coûté 200millions d'euros» et envisage toutes les hypothèses (affrètement coque nue ou vente du bateau, modification ou résiliation de la DSP...) en attendant de connaître les conclusions de l'étude menée par Ernst & Young qui seront dévoilées vers le 15juin.