Si la crise économique qui sévit depuis un an maintenant se traduit à la fois par un recul des carnets de commandes, un chiffre d'affaires en baisse et un gel des investissements des entreprises de la région, il ne faut pas en déduire que leur situation financière s'est généralement dégradée. Au contraire, serait-on presque tenté de dire en écoutant Philippe Jeannel, directeur régional de la Banque de France. «Au cours du premier quadrimestre, marqué par une forte baisse du chiffre d'affaires, les chefs d'entreprises ont actionné quelques cordes de rappel qui ont permis de sauvegarder la rentabilité de leurs structures», estime-t-il.
Matières premières: une baisse des cours favorable
L'industrie, fortement représentée en Alsace, a ainsi bénéficié de la baisse des cours des matières premières observée à la fin de 2008 et au début de 2009. Associés à cette baisse, les plans de réduction des coûts engagés dans bon nombre d'entreprises de différentes manières (optimisation des coûts de R & D, réduction des effectifs, diminution des frais de structure...) ont permis très rapidement de maintenir, voire d'améliorer les marges brutes. «Il n'en reste pas moins que la baisse du chiffre d'affaires, même stoppée depuis mai-juin, continue à avoir des répercussions négatives sur le climat ambiant», reconnaît Philippe Jeannel.
Les acquis du premier semestre conservés
Quel bilan les entreprises afficheront-elles au final en 2009? «Malgré la reprise des cours des matières premières que l'on observe, les marges dans l'industrie devraient se tenir, les acquis du premier semestre sont bien là, et non négligeables», affirme-t-il. Reste l'épineuse question des entreprises de services et du commerce. 2009 aura été, plus que jamais, une année d'acheteurs. Leur pouvoir de négociation a pesé sur les marges des entreprises, ce qui n'a pourtant pas mis ces dernières à l'abri d'un recul d'activité non plus. Chiffre d'affaires en baisse, marges resserrées... «Et nous ne devrions pas observer de détente avant la fin de l'année», avertit Philippe Jeannel. Parmi les entreprises les plus fragilisées figurent celles du commerce bien sûr, mais aussi, celles du secteur du transport, celles du gros oeuvre dans le bâtiment. Les sociétés d'ingénierie et d'informatique, dont les marges étaient plutôt confortables jusqu'à présent, font également globalement grise mine, selon le directeur.
Un recul des marges en valeur absolue
En règle générale, l'exercice 2009 ne devrait donc pas être si catastrophique cela sur le plan des marges, Même si celles-ci, en valeur absolue, vont reculer car elles seront indexées sur des chiffres d'affaires moins élevés. L'exercice 2209 pourrait donc s'inscrire dans la lignée de 2008, dont le premier semestre, excellent, était encore porté par la dynamique de 2007. Ce qui avait permis d'atténuer l'effondrement de l'activité observé à partir d'octobre2008. Et que dire du jour où l'activité repartira franchement? Les réflexes de gestion pointue des coûts, acquis par les dirigeants, devraient perdurer. Que le carnet de commandes se remplisse, que le chiffre d'affaires redécolle et c'est le résultat des entreprises qui devrait faire un bond en avant. Du moins de celles qui auront passé le cap de la crise. Car «la crise est discriminante», insiste Philippe Jeannel, «avec d'un côté ceux qui auront été capables d'ajuster leurs coûts (ou qui auront bénéficié du recul des matières premières, NDLR), et de l'autre, ceux qui n'en auront pas eu les moyens...». Et dans la chasse aux financements qui s'accentuera lorsqu'il faudra alimenter le redémarrage de l'activité, la situation financière des entreprises devrait également être discriminante.
Contre toute attente, les marges brutes des entreprises industrielles de la région n'ont pas été aussi dégradées que l'on aurait pu le craindre au premier semestre. Grâce notamment au recul des cours des matières premières, mais aussi à des plans d'économie drastiques mis en place dans ces entreprises, qui ont abaissé leurs seuils de rentabilité. Un constat moins vrai dans les entreprises de services et de commerce, secteurs dans lesquels la bataille commerciale menée entre concurrents a fait d'importants dégâts. Le point avec Philippe Jeannel, directeur régional Alsace de la Banque de France.