Tous les ans, c'est pareil. Les paiements de l'État s'arrêtent en fin d'année. Les entreprises du bâtiment attendent le vote des nouveaux budgets par le parlement, pour recouvrer leurs créances au printemps. Un usage qui entraîne tout de même trois à quatre mois de retard dans les paiements. À cette difficulté s'ajoute aujourd'hui Chorus, le nouveau progiciel comptable de l'État censé regrouper toutes ses applications comptables et financières en 2012. Son retard à l'allumage et ses difficultés de mise en oeuvre génèrent un engorgement des factures et beaucoup d'impayés. «On n'est parfois pas loin d'un ande délai...», tempête Jean-Robert Charlet, secrétaire général de la Fédération du bâtiment du Finistère, qui depuis quelques mois se bat bec et ongles pour que le BTP brestois recouvre son argent.
5 Mds€ de retard
Le retard d'exécution, c'est-à-dire les impayés et l'absence de prise de commandes, s'élève, selon l'agence pour l'informatique financière de l'État, à 5Mds€, tous ministères confondus. À Brest, la Défense et le bâtiment sont particulièrement concernés. En effet, le Sid Ouest (le service d'infrastructure de la Défense), puissant donneur d'ordres, commande entre 120 et 140M€ de travaux annuels dans l'Ouest pour les infrastructures de défense: la base aéronavale de Lann-Bihoué, l'Île Longue, les casernes... Il s'agit en général de travaux d'entretiens ou de construction. Si certaines entreprises commencent à recouvrer leur argent «au compte-gouttes», d'autres, attendent parfois depuis le début 2009. En tout, trente-huit dossiers ont été traités par la Fédération du bâtiment. À la mi-juin, pour le seul pays de Brest, le Sid Ouest avait donné son aval pour le paiement de 33,7M€ d'arriérés dont 15M€ sur l'année 2009. «Le Sid Ouest a fait le maximum pour que les entreprises soient payées dans les temps. Dans beaucoup de situations, les paiements sont en cours. J'ai bon espoir de voir une avancée avant les congés d'été», note-le secrétaire général. Le Sid Ouest ne fermera d'ailleurs pas son service comptabilité pendant les vacances.
«Privilégier les PME
Du côté de l'agence pour l'informatique financière de l'État (AIFE), on explique que les difficultés sont inévitables pour un tel projet de restructuration de toutes les organisations budgétaires et comptables de l'État. Cela implique la constitution de nouvelles équipes, l'apprentissage d'un nouveau logiciel contraignant, plus proche du système de gestion intégrée que de la bureautique améliorée... Chorus concerne 12.000 agents -dont un peu moins de la moitié au ministère de la Défense- à qui l'on a délivré 60.000heures de formation. Dans la Défense, où les dossiers sont les plus complexes, c'est la bascule des marchés de l'ancien système vers le nouveau et la reprise des engagements antérieurs, qui a posé beaucoup de soucis. «Nous avons mis en place des procédures d'écoute des fournisseurs au niveau des services de l'État. Pour les entreprises en difficulté, des systèmes de paiement accéléré ont été prévus. Un dispositif prolongé et étendu. Les comptables, sur le territoire, ont eu l'instruction de privilégier les PME», note Jacques Marzin directeur de l'AIFE. Une affirmation qui n'arrive toutefois pas à convaincre la Fédération du bâtiment: «Affirmer que l'on donne la priorité aux PME ne veut rien dire. Il y a tellement de factures en retard, parfois plusieurs dizaines par PME...» Quant aux intérêts moratoires dûs en cas de retard de paiement de l'État, ils auraient, eux aussi, du retard... «Ça fait 24 mois qu'ils n'ont pas été versés à certaines entreprises...»
L'État, mauvais payeur? Des entreprises du bâtiment du Finistère se plaignent de retards de plus en plus longs dans le paiement des factures. En cause: Chorus, un nouveau progiciel comptable. Sa mise en place entraîne des délais supplémentaires qui mettent en difficulté certaines entreprises.
Dossier réalisé par Armelle Gegaden et Isabelle Jaffré