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Dans les Pays de la Loire, le succès des écoles de production
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Dans les Pays de la Loire, le succès des écoles de production

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Depuis dix ans, les écoles de production se développent en Pays de la Loire surfant sur un besoin économique. En bénéficiant d’une pédagogie adaptée — "Faire pour apprendre" — d’un engagement des entrepreneurs et d’un besoin social.

Antoine Beaussant, fondateur de l’IFTO, et président de la Fédération des écoles de production — Photo : CCI Maine-et-Loire

Avec 13 écoles de production aujourd’hui et 15 visées d’ici à 2028, les Pays de la Loire se classent, après la région Auvergne-Rhône-Alpes, comme la deuxième région française la plus accueillante pour ces établissements privés d’enseignement technique basé sur l’apprentissage. Avec, comme pour la France entière, un taux de réussite aux examens supérieur à 90 % et un taux d’insertion qui frise les 100 %, soit vers le monde du travail à 50 %, soit vers une autre formation à 50 %.

Produire de vraies pièces pour de vrais clients

Elèves de l’école de production T’Cap T’Pro de Saumur. Ce CAP Métiers de la mode – Vêtement flou répond à une demande de jeunes qui à 15 ans ne s’éloignent pas encore trop de chez eux, avec des débouchés dans de petits ateliers de couture et retouches ou dans la maroquinerie de luxe — Photo : DR

Les raisons de ce succès sont multiples. C’est tout d’abord une pédagogie spécifique qui se résume ainsi : "Faire pour apprendre". Regroupés essentiellement en classes de CAP de 12 jeunes maxi chacune, les élèves étudient un tiers temps en formation et deux tiers temps en atelier, sur place dans l’école.

Antoine Beaussant, président de la Fédération nationale des écoles de production (FNEP), tient toutefois à nuancer : "Faire pour apprendre, c’est vrai, ça marche, mais c’est pareil en apprentissage. Mais, à la différence des lycées professionnels, nous insistons dans nos écoles sur les activités de production. Nos élèves produisent de vraies pièces, ou un vrai service, pour de vrais clients locaux".

Faire pour de vrai, donc, comme aux Etablières à Fontenay-le-Comte. Le CAP Production de service en restauration lancé en 2021 bénéficie par exemple d’une cafétéria ouverte au public. "Je dis souvent aux élèves : « C’est votre restaurant ! », précise Angélique Langlois responsable d’atelier. La première année, ils sont en salle, en contact direct avec la clientèle : réservations, service, encaissements… Et la seconde année, alors qu’ils apprennent les bases de la production en cuisine, ils sont aussi confrontés au retour direct des clients.

Besoin de main-d’œuvre dans certains secteurs

Deuxième raison du succès après la pédagogie, le besoin. Les besoins de main-d’œuvre sont en effet criants dans l’hôtellerie-restauration, l’artisanat et surtout dans l’industrie. Ce n’est pas un hasard si a été inaugurée en mars dernier une école de production en métallerie-soudage à Château-Gontier. Une deuxième classe de CAP chaudronnerie a ouvert par ailleurs en septembre dernier à l’Institut de formation technique de l’Ouest (IFTO) de Cholet. Enfin, une école de production orientée vers les Métiers du nautisme est projetée aux Sables-d’Olonne.

Se faire connaître des entreprises

Les écoles de production travaillent sur le savoir-faire avec la pédagogie reposant sur le postulat du "faire pour apprendre." — Photo : DR

Comment remonte ce besoin ? Ce sont toujours les acteurs d’un écosystème local qui valident les besoins. Bruno Rigouin est l’ancien président de l’UIMM Mayenne à la tête de trois entreprises industrielles. Il est devenu président de l’association qui a créé l’école de production May Usinage ouverte en septembre 2023 à Laval. "J’ai d’abord consulté les adhérents de l’UIMM qui ont aussitôt confirmé l’intérêt, dit-il. Puis, la Fédération Nationale des Écoles de Production a validé notre étude d’opportunité et les représentants locaux des ministères du Travail et de l’Éducation nationale ont donné leur accord".

"Quand vous faites visiter une école aux entrepreneurs, ils sont séduits par le concept. Souvent, ils ne connaissaient pas"

De son côté, le CAP Production de service en restauration de Fontenay déjà évoqué fait lui écho aux besoins des restaurants collectifs ou de chaînes de restauration. "On forme début de la chaîne hôtelière : montage, dressage, présentation, service, nettoyage et hygiène", observe Angélique Langlois, à l’atelier. Une main-d’œuvre utile dans le contexte actuel de forte tension dans ce secteur. "C’est aussi à nos écoles de production de se faire connaître des entreprises, mais aussi des parents et des jeunes", estime Antoine Beaussant.

Pour lutter contre le décrochage scolaire

Troisième raison du succès : l’engagement des entrepreneurs et des partenaires, sans lesquels rien ne serait possible. À ceux qui lui suggèrent que les entrepreneurs n’ont pas de temps pour s’investir, Antoine Beaussant rétorque d’ailleurs qu’il n’a jamais essuyé de refus de la part de ceux auxquels il a demandé de rejoindre le conseil d’administration de l’école de l’IFTO, créée à Cholet : "Quand vous leur faites visiter une école, ils sont séduits par le concept que, souvent, ils ne connaissaient pas".

Bruno Rigouin lui donne raison. Pour ouvrir May Usinage, il a mouillé la chemise. Pour financer 900 000 euros d’investissement en bâtiment et matériel, il a démarché le Fonds national d’aménagement du territoire, les Fondations Total Energies et Howmet Aerospace. Il a également obtenu un prêt différé Finance Active-Banque des territoires de 300 000 euros.

Financement de la Région et des entreprises

André Martin, vice-président de la région Pays de la Loire, en charge de l’emploi et de la formation. La région verse 1,7 million d’euros aux Ecoles de production chaque année — Photo : DR

La Région et les entreprises du secteur financent, elles, chacune un tiers du fonctionnement. La vente des productions assure le tiers restant. En Pays de la Loire, le soutien total de la Région au fonctionnement pèse 1,7 million d’euros par an. Outre le tiers du financement, les entreprises prennent en stage des élèves, deux fois pendant six semaines sur leurs deux années de CAP.

Attention, certains partenaires conditionnent parfois leur soutien. Ainsi, à la demande de la Région, l’école de métallerie T’Cap T’Pro, d’abord envisagée à Angers, s’est installée finalement en 2019 à Saumur, point rouge en matière de décrochage scolaire, afin de ne pas concurrencer une autre école angevine.

Besoin social et chemin de réussite

Enfin, dernière raison au succès, le besoin social, essentiel pour les partenaires et le pays, qui permet à des jeunes déscolarisés de retrouver un chemin de réussite et un avenir professionnel. Pour André Martin, vice-président de la Région à la formation, "les écoles de production luttent clairement contre le décrochage scolaire de jeunes, qui y sont acceptés dès 15 ans (ndlr : quand l’apprentissage ne démarre lui qu’à 16 ans). Elles facilitent ainsi in fine leur insertion".

Les enseignants ont eux à cœur de tenter de remettre le pied à l’étrier aux élèves, de leur redonner du sens, alors qu’ils avaient souvent perdu l’envie d’apprendre. "Quelle fierté pour eux de voir installées le long du théâtre de Saumur les sept portes monumentales qu’ils ont fabriquées", se réjouit ainsi Jacky Giraudeau, directeur de T’Cap T’Pro.

Angélique Langlois confirme aussi, par une belle histoire : "Un élève arrivé en 2024 voulait tout arrêter. J’ai essayé de valoriser ses capacités. Il a fait la deuxième année, a participé au Challenge zéro déchet. Il est aujourd’hui en Bac Pro cuisine, en alternance dans un restaurant gastronomique !"

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