Dans les Ardennes, Cibox engage la montée en régime de son atelier relocalisé de vélos électriques
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Dans les Ardennes, Cibox engage la montée en régime de son atelier relocalisé de vélos électriques

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Opérant dans la micromobilité, la PME francilienne Cibox vient de lancer la fabrication de vélos électriques dans les 17 500 m2 du site de Revin, dans les Ardennes. Une relocalisation de la production qui nécessite plus de 22 millions d’euros d’investissement.

Cibox s’est installée dans un site de 17 500 m2 à Revin, dans les Ardennes — Photo : Cibox

Le 11 juin, l’équipe de Cibox inaugure officiellement son nouvel atelier de production, à Revin, dans les Ardennes. Un projet qui va nécessiter un investissement total de 22,5 millions d’euros, porté par les collectivités et l’État, ainsi que la PME cotée, installée à Alfortville, dans le Val-de-Marne, en Île-de-France, pour réhabiliter une friche industrielle de 17 500 m2 et l’équiper pour fabriquer des vélos électriques. À terme, Cibox prévoit de créer 250 emplois, dans un bassin marqué par la désindustrialisation, où le taux de chômage dépasse 25 %.

Progression des ventes de vélos à assistance électrique

Le projet est né dans les années 2020, en plein boom du marché du vélo à assistance électrique. "Nous étions plongés dans les difficultés avec nos sous-traitants, basés en Roumanie, en Hongrie et en Pologne", retrace Georges Lebre, le PDG de Cibox, qui a réalisé 9,7 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024, pour une perte de 2,3 millions d’euros. "Trois sites, c’était très compliqué à gérer, pour le suivi, le contrôle qualité, ou encore l’arrivée des composants, poursuit-il. Très vite, nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas continuer comme ça et qu’il fallait intégrer notre technologie en montant notre propre usine."

Une stratégie confortée par les résultats de l’exercice 2024, soit avant le lancement de la production du site de Revin : la PME a en effet "doublé ses ventes de vélos électriques" sur l’année, souligne le PDG de Cibox, malgré un marché en recul.

Georges Lebre est le PDG de Cibox — Photo : Cibox

Assurer la compétitivité du site par rapport aux pays de l’Est

Avec les deux actionnaires formant un concert pesant 12,8 % du capital de Cibox, Laurent Balian et Ming-Lun Sung, Georges Lebre décide donc de changer de modèle économique et de lancer une usine en France, mais dans des conditions permettant de sortir des vélos "aussi compétitifs" que dans les pays de l’Est. Concrètement, les vélos vendus par Cibox devront pouvoir être proposés à des prix publics allant de 1 000 à 1 500 euros. Un point clé pour Georges Lebre : "Nous avons mené le projet en comparant des produits quasi-identiques ou équivalents, pour vérifier et valider le modèle économique d’une intégration en France", insiste le PDG de Cibox. Pour contenir les coûts de production, l’équipe de la société a développé une gamme d’équipements électroniques, à commencer par les contrôleurs de batterie pour aller jusqu’aux écrans de contrôle des vélos et des trottinettes électriques. "Tous ces composants peuvent être partagés sur l’ensemble de nos engins, précise Georges Lebre. Aujourd’hui, nous avons la même technologie de contrôleur sur nos trottinettes, nos vélos électriques et demain, il est possible d’imaginer d’autres produits."

Revin, proche des ports néerlandais et des clients de Cibox

Pour mener cette stratégie de relocalisation, l’emplacement du site était clé : "Nous avons interrogé quatre ou cinq régions en France, dont la région Île-de-France, dans laquelle est basé le siège. L’avantage aurait été la proximité, même si d’un point de vue du foncier immobilier, c’était plus cher", retrace Georges Lebre. Le site de Revin, dans les Ardennes, finit par cocher toutes les cases du cahier des charges strict dressé par l’entreprise. "Il est proche des ports néerlandais, par lesquels sont acheminés une grande partie des composants qui sont fabriqués en Asie, décrit le PDG de Cibox. Proche de nos marchés, de nos clients, à commencer par le marché français, sur lequel nous réalisons 80 % de nos ventes. Mais aussi proche de nos partenaires commerciaux à l’étranger, comme la Belgique, les Pays Bas, l’Allemagne, ainsi que d’autres pays dans lesquels les ventes commencent, comme l’Espagne et l’Italie."

17,5 millions d’euros injectés par les collectivités et l’État

Les premiers contacts avec la communauté de communes Ardenne Rives de Meuse, pris en mars 2022, sont fructueux et la signature intervient trois mois plus tard en juin. Concrètement, les 17 500 m2 de bâtiment n’appartiennent pas à Cibox, mais à la Société publique locale Immobilier d’Entreprises Grand Est, qui a acquis les murs pour 10 millions d’euros le 1er avril dernier et loue les locaux à la PME francilienne, lui permettant ainsi de contenir les coûts d’exploitation. Au final, 17,5 millions d’euros ont été injectés par les collectivités et l’État, via le Fonds friche, pour aller au bout d’un an et demi de travaux et réhabiliter complètement le bâtiment, qui a abrité les usines de la marque de sanitaires Porcher.

Les vélos à assistance électrique de Cibox seront proposés à des prix publics allant de 1 000 à 1 500 euros — Photo : Cibox

Une capacité de production allant jusqu’à 150 000 vélos par an

De son côté, Cibox prévoit d’investir un total de 5 millions d’euros dans le projet. Pour mobiliser cette somme, l’entreprise a déjà émis pour plus de 3 millions d’euros d’obligations. Actuellement une cinquantaine de salariés de l’entreprise assemble des vélos sur une première ligne, capable d’aller jusqu’à 300 vélos par jour. À terme, l’atelier de Revin sera équipé de deux lignes d’assemblage, portant la capacité à 600 vélos électriques par jour. "La deuxième ligne sera montée courant du mois de juin", précise le PDG de Cibox, en soulignant que sa PME sera alors capable de produire un total de 150 000 vélos par an.

Des salariés formés à tous les process de l’atelier

Pour assurer cette montée en charge, les équipes de Cibox se sont installées dès 2024 dans une partie du bâtiment de Revin, soit 900 m2 dédiés à la réparation, au reconditionnement et au recyclage des produits Cibox. Appelé 3R, cet atelier a permis de former les premiers salariés ardennais : "Pour nous, avoir une colonne vertébrale de 20 à 30 personnes, des collaborateurs polyvalents sachant faire quasiment tous les métiers au sein de la production, c’était stratégique", dévoile Georges Lebre, qui indique que ses carnets de commandes sont déjà remplis pour l’été, avec des produits à fabriquer pour "d’autres marques qui nous testent, nous évaluent sur nos capacités à fabriquer en quantité, dans les délais prévus et avec le niveau de qualité attendu".

Un client qui pourrait se rapprocher de Cibox

À terme, le dirigeant veut disposer d’un outil de production capable de fabriquer à Revin des roues, mais aussi des cadres, soit autant de pièces fabriquées actuellement en Asie : "La partie fabrication de cadres concernera uniquement des cadres qui auront été conçus pour être fabriqués sur nos machines", souligne le PDG de Cibox, qui compte par ailleurs peindre dans sa future ligne de peinture près de 80 % des cadres nécessaires à la production. Autant d’intégration de procédés qui devront permettre de soigner la compétitivité du site. "Une fois que nos vélos étaient fabriqués en Roumanie, il fallait faire plus de 2 000 kilomètres pour les ramener vers les clients ou chez nous", rappelle Georges Lebre en évoquant des "coûts de transport importants, sans parler de l’impact écologique". Le modèle choisit par Cibox semble déjà avoir fait des émules : un des clients de Cibox, distributeur de vélos en ligne, veut aujourd’hui s’installer à côté de Revin pour y installer sa logistique "et faire de nous son principal fournisseur", se félicite Georges Lebre, sans vouloir révéler l’identité de l’entreprise.

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