"Nous avons assisté à un véritable retournement de la dynamique du marché de l’emploi des cadres dans le Grand Est cette année", affirme avec gravité, Florence Heitz, déléguée régionale Grand Est de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec).
L’observatoire de l’organisme a publié, jeudi 3 avril, son enquête annuelle sur les recrutements des cadres dans la région. En 2024, le nombre de recrutement a chuté de 5 %, pour atteindre 13 400. "C’est la première diminution depuis la pandémie, nous retrouvons les niveaux de recrutement de 2022", précise Florence Heitz. Au niveau national, la chute atteint 8 %, soit 27 000 recrutements en moins.
L’incertitude, principal facteur de la baisse des recrutements
La contraction du marché de l’emploi des cadres l’an passé s’explique par "l’incertitude politique après la dissolution de l’Assemblée nationale, et donc la prudence des entreprises qui s’en est suivie", analyse la déléguée régionale.
Les secteurs où la chute du recrutement est la plus importante dans la région sont les équipements électroniques, l’énergie et le secteur des déchets. La crise de l’industrie automobile a aussi eu "un impact important, notamment en Alsace avec des recrutements moins importants chez Stellantis", selon Florence Heitz.
Au total en 2024, 2 780 emplois nets ont été créés dans le Grand Est contre 3 130 en 2023. Les secteurs les plus porteurs pour le recrutement des cadres étant le commerce-marketing, la R & D et la production industrielle.
Une dynamique qui devrait se poursuivre en 2025
Les perspectives pour l’année en cours ne sont pas plus réjouissantes. En 2025, les recrutements devraient encore diminuer de 7 % par rapport aux chiffres de 2024, selon les estimations de l’Apec. Le nombre de recrutements attendus est estimé à un peu plus de 12 500, un niveau proche des chiffres de 2019.
"Avec les tensions commerciales à l’échelle internationale, notamment avec les États-Unis, et la réduction des dépenses publiques, l’année 2025 s’annonce encore plus difficile pour les entreprises, et donc leur recrutement", détaille Florence Heitz.
Le Grand Est, région avec la plus forte baisse prévue en 2025
L’évolution des recrutements dans le Grand Est n’a pas été pas si importante comparée, par exemple, à la région Nouvelle-Aquitaine (-12 % de recrutements en 2024).
Cette baisse mesurée par rapport à d’autres régions peut aussi s’expliquer "par la structure de l’emploi dans la région", selon Florence Heitz."Quand on regarde au niveau national, les régions peu industrialisées ont connu une forte chute des recrutements en 2024, mais le chiffre devrait se stabiliser cette année. Dans le Grand Est, région très industrialisée au contraire, la baisse a été moins importante mais elle se poursuit et même s’accentue en 2025", explique-t-elle.
Selon les estimations de l’Apec, le Grand Est devrait être la région qui connaîtra la plus grosse chute de recrutement en 2025. Au niveau national, le nombre de recrutements devrait baisser de 4 % cette année, pour repasser sous la barre des 300 000 embauches.