Sortie de crise en vue ou pause avant une nouvelle plongée abyssale en septembre? Les derniers indicateurs semblent pourtant bien annoncer un semblant de reprise. «Nous voyons aujourd'hui les premiers signes d'une inflexion de l'activité économique, confirme Christian Noyer, Gouverneur de la Banque de France. Au premier trimestre, la production a reculé de façon à peu près équivalente à celle du quatrième trimestre 2008». Et de souligner un «moindre repli économique au deuxième trimestre». Résultat: «Nous avons plusieurs raisons d'espérer que le pire est derrière nous.» Le patron de la Banque de France voit ainsi plusieurs facteurs qui poussent à un tel optimisme. D'abord, «une désinflation plus rapide qu'espérée». Ce qui permet de soutenir le pouvoir d'achat «et compense en partie la détérioration du marché du travail.» «La consommation des ménages en France tient grâce à l'inflation qui est aujourd'hui proche de zéro», confirme l'économiste Nicolas Bouzou. Deuxième lueur d'espoir: les stocks. Après une très forte baisse, «on peut espérer un arrêt du déstockage et même une reconstitution», note Christian Noyer citant, par ailleurs, l'efficacité des plans de relance et le recul des taux des nouveaux crédits.
«Redémarrage en 2010»
Pour le Gouverneur, il y a donc des raisons de croire en une «stabilisation de l'économie en fin d'année et un redémarrage l'année prochaine.» Tout en mettant en garde: «Nous risquons d'être touché par une deuxième vague». Vague qui trouverait sa source dans les effets de ?rétroaction?. «Les risques de réduction de la disponibilité du crédit et la montée du chômage peuvent mettre en danger la consommation des ménages». Une crainte que partage Nicolas Bouzou. Un économiste (cabinet Asterès) toutefois bien plus pessimiste que Christian Noyer. «La crise va durer assez longtemps. Il n'y a pas de rebond après une crise comme ça. Quand vous faites un AVC, vous ne remontez pas sur un vélo le lendemain.» S'il ne nie pas que les indicateurs sont meilleurs ces dernières semaines, l'économiste tempère. «Mécaniquement, au bout d'un moment, l'activité se stabilise. Mais stabiliser son activité, ça ne veut pas dire reprise. C'est donc plus un phénomène de convalescence que de reprise.» Nicolas Bouzou voit même un élément qui pourrait faire craindre le pire: le taux d'épargne américain. Outre-Atlantique, ce dernier est aujourd'hui de 4%, contre 15% en France et 10% en moyenne dans l'Union européenne. Compte tenu de l'explosion du chômage aux États-Unis, les Américains vont tenter d'approcher les 10% de taux d'épargne. Conséquence: «cela signifie qu'ils vont moins consommer.» Quand on connaît l'incidence de la consommation américaine sur le reste de la planète, il y a effectivement des raisons d'avoir peur.
«Plein d'opportunités»
Nicolas Bouzou rappelle toutefois que c'est dans ces moments d'incertitude que se sont créées les plus belles entreprises. «Ce sont des périodes qui recèlent plein d'opportunités. Quand vous êtes dans une période d'instabilité, ce n'est plus la taille et la verticalité qui font un atout.» Alors faut-il créer maintenant? «Oui bien entendu! C'est la meilleure période pour entreprendre», affirme l'économiste. Et de souligner que «quand vous créez une boîte en haut de cycle, vous pouvez être à peu près sûr qu'elle va disparaître.» Un exemple récent? Les agences immobilières qui ont vu le jour il y a deux ou trois ans et qui, aujourd'hui, ont rejoint le cimetière des PME de moins de cinq ans...
Présents à Rennes le même jour pour deux événements différents, Christian Noyer et Nicolas Bouzou ont livré leurs sentiments respectifs face à la crise. Réflexions croisées du Gouverneur de la Banque de France et de l'économiste parisien.