«On subit, mais on ne sait pas ce que cela va signifier». Pour Yves Leconte, responsable export chez PAI (Gonfreville L'Orcher), fournisseur d'équipements industriels notamment en Afrique et au Moyen-Orient, les conséquences de la crise financière de l'été sont difficiles à évaluer: «On a l'impression de subir des choses externes à notre quotidien sans que personne soit capable de nous expliquer les conséquences».
Ne pas baisser les bras
Mais, s'il y a une chose dont Yves Leconte est sûr, c'est que dans ces périodes économiques troubles, l'important est de ne pas stagner et de continuer à investir. «Nous investissons dans des pays différents afin de minimiser les risques de découverts bancaires et de non-paiements, même si la part de risque est forte en ce moment. Notre espoir est de ne pas subir un nouveau 2008. Mais, s'il y a ralentissement économique alors, il y aura des conséquences pour les PME». Président du directoire de SPB, courtier havrais en assurances affinitaires, Jean-Marie Guian se veut optimiste: «Je ne suis pas catastrophiste car la zone euro reste la zone économique la plus forte du monde. Pour SPB qui poursuit une politique de croissance externe en Europe, cela nous donne un champ d'action vaste notamment grâce à des taux bas. Il faut donc avoir des projets à l'international et en zone Europe». Même s'il concède que l'économie «habituelle» est moins évidente avec une consommation atone dans la plupart des pays européens: «Il n'est pas surprenant d'avoir des taux de croissance faibles car les pays sont très équipés. Il est ainsi plus facile de lancer des projets en Chine où il y a beaucoup à réaliser sur des activités comme les infrastructures et l'immobilier». Sur le fonctionnement des marchés, Jean-Marie Guian constate une reprise technique: «Après des semaines de baisses, les acheteurs se rendent compte que c'est allé trop loin. On assiste donc à une reprise des achats. Selon moi, les perspectives de croissance plus fortes ne peuvent être attendues avant quatre ou cinq ans. En France, on a cette culture de vivre avec la croissance mais, il faut aussi savoir gérer un temps de décroissance».
Choix de société
Jean-Paul Beauvais, président du Medef de la région havraise est inquiet pour la suite et s'interroge sur la capacité de nos dirigeants à faire les bons choix: «On regarde toujours les autres en France mais, il faut aussi avoir le courage de jouer le jeu de la vérité chez nous. Peut-on encore croire les propos de nos dirigeants? On parle souvent de l'exemple allemand mais, il y a sept ans, ceux-ci ont mis en place un plan économique drastique alors que nous, on propose plutôt des mesurettes». Inquiétudes aussi sur le marché intérieur français: pouvoir d'achat, niveau de vie, réduction de la consommation... «On sait que dans les conditions actuelles on ne va pas vers une augmentation des salaires et pourtant, c'est le moyen de relancer la consommation». Le président du Medef havrais qui prône la mise en place d'une gouvernance économique européenne pour sortir de la crise: «L'euro est notre force, il faut un fédéralisme européen. Mais aussi plus de solidarité nationale: il faut un partage et une meilleure redistribution des richesses. Il faut aussi imposer les revenus de la finance, pas seulement ceux du travail. Ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui on ne peut plus prendre de décisions seul dans son coin comme au temps des frontières fermées. Ce qui se passe aux Etats-Unis a immédiatement des répercussions chez nous. Dans les mois qui viennent, le courage politique sera de prendre les mesures nécessaires, même impopulaires. Il faut un regard neuf».
Sébastien Colle
Tenue des marchés, capacité à exporter, financement des développements... Les décideurs et chefs d'entreprises s'inquiètent des retombées de la crise estivale.