Le Journal des Entreprises : Ces dernières semaines, le Crédit Agricole Loire Haute-Loire semble avoir accéléré nettement sur sa stratégie innovation...
Gérard Ouvrier-Buffet : Effectivement. Nous avons créé avec notre filiale Locam une Fondation, il y a quelques semaines, dotée d'1,1 million d'euros sur cinq ans. Nous allons lancer sous peu un fond d'amorçage d'un montant de 3 à 5 millions d'euros. Nous avons prévu une vingtaine de participations. Nous avons déjà trois dossiers en cours d'examen. Et puis, prochain étage de la fusée, en mai 2017, nous ouvrirons un Village by CA, au sein de la Cité du Design. Sur 600 m², nous pourrons accueillir une quinzaine de pépites, l'appel à projets sera lancé au courant du premier trimestre. Nous sommes en train d'agglomérer des entreprises privées, des grandes écoles. Ce Village se positionnera juste après le Mixeur et les fablabs. L'idée n'est pas de faire à la place des autres, mais de fédérer toutes les forces autour d'un seul objectif : sortir l'innovation du laboratoire ou de l'entreprise. Il manque aujourd'hui à l'édifice stéphanois le petit truc qui permet de passer de la graine à la plante. Avec le Village, nous nous inscrivons dans une logique nationale d'émergence de Village by CA un peu partout et notamment à Lyon, Grenoble et en Savoie. Nous allons y investir un million d'euros au départ en nous associant probablement avec des grands groupes.
Quelle est votre cible ?
G.O-B. : Aussi bien pour la Fondation que pour le Fonds ou le Village, nous avons identifié quatre secteurs majeurs : agroalimentaire/agriculture, santé/vieillissement, le logement et l'environnement. Nous y ajouterons la transmission du savoir pour la Fondation.
Au total, vous allez investir plus de 5M€ dans le soutien à l'innovation. Quel est votre intérêt ?
G.O-B. : Comme toutes les Caisses Régionales, notre développement est lié au territoire. Notre terrain de jeu est celui de la Loire et de la Haute-Loire, nous ne pouvons pas l'étendre. Or, nous sommes déjà leaders sur presque tous les marchés. Nous pouvons certes gagner encore quelques parts de marchés mais c'est peu significatif. Donc, finalement, pour nous développer, nous avons seulement deux solutions : creuser ou monter. Creuser, cela signifie aller plus en profondeur dans les relations avec nos clients. Monter, cela sous-entend développer, faire pousser des choses qui jusqu'ici ne poussaient pas. Nous avons décidé de miser sur les deux aspects. Nous voulons tirer ce territoire vers le haut. Si notre Caisse est implantée sur un département en perte de vitesse, elle va elle aussi à la chute. L'enjeu n'est pas de gagner de l'argent tout de suite. En revanche, investir dans l'innovation et la croissance des entreprises locales est vital pour notre avenir.
Cette nouvelle stratégie coïncide avec l'arrivée de Gaël Perdriau. Est-ce vraiment un hasard ?
G.O-B. : Oui complètement. Je ne veux pas concentrer ce projet sur le mandat de Gaël Perdriau. Cette priorité est inscrite dans notre plan d'entreprise 2012-2016. Dès 2012, nous avions prévu de la mettre en oeuvre à partir de 2014. Il se trouve qu'au même moment les acteurs économiques ont décidé de bouger. Il serait faux de dire que cela est seulement lié à l'élection de Gaël Perdriau.