Auparavant, le routage météo servait surtout à éviter une grosse tempête. C’était un élément de sécurité. "Aujourd’hui, c’est un élément à bord qui entre dans la rentabilité économique des navires, notamment en définissant le meilleur cap pour économiser du carburant", souligne Sofien Kerkeni, fondateur de D-Ice Engineering en 2015 et aujourd’hui à la tête de l’entreprise. Avec actuellement 46 salariés, la start-up développe un système de navigation qui vise à optimiser la trajectoire des navires. Après avoir levé six millions d’euros l’année dernière, l’entreprise vise une levée de fonds de 15 à 20 millions d’euros courant 2027, et espère atteindre la rentabilité d’ici deux à trois ans.
Une activité commerciale qui porte ses fruits
Après une dizaine d’années d’existence, D-Ice sent que le marché répond aujourd’hui présent. Après un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros en 2024, l’objectif est de le doubler cette année. "Nos activités commerciales intensifiées en ce début d’année commencent à porter leur fruit, notamment au niveau international. Nous avons une antenne à Paris avec 6-7 personnes, qui a tendance à grossir. Nous envisageons également plusieurs recrutements d’ici la fin d’année pour nous structurer, notamment au niveau RH et juridique", poursuit le dirigeant. Avec une trentaine de systèmes déjà installés, la deeptech compte environ une quarantaine de systèmes dont l’installation est planifiée. "Nous discutons avec une centaine de prospects", ajoute Sofien Kerkeni.
Une longueur d’avance dans le vélique
Il faut dire qu’à bord des navires modernes, les paramètres qui influent sur l’avancée d’un cargo sont multiples : hélices, safrans, propulsion mécanique, ou encore puissance des vagues. Des voiles géantes dédiées au fret maritime viennent même parfois ajouter un paramètre, et donc complexifier l’équation. "Le vélique représente un peu moins de la moitié de nos prospects", ajoute Sofien Kerkeni. En effet, l’entreprise a aujourd’hui une longueur d’avance dans le vélique, après avoir équipé le Canopée, le Neoliner et bientôt les navires à voiles de Louis Dreyfus Armateurs. "Certains sont en avance, mais tous les armateurs n’ont pas encore besoin des technologies de demain. La réglementation internationale sera plus dure dans les années à venir, et les forcera à adopter des technologies comme la nôtre", souligne Sofien Kerkeni. Néanmoins, la filière présente aujourd’hui une croissance en deçà des objectifs présentés il y a quelques années.
La nouvelle version du système de routage prévue en 2026
À plus long terme, D-Ice prévoit d’être engagé sur trois marchés de manière égale entre les navires conventionnels, ceux à voiles, et les bateaux offshores, destiné au soutien des plates-formes en mer. La deeptech entame également de nouvelles phases de R & D, pour aller plus loin sur la décarbonation et proposer une nouvelle version de son système de routage pour 2026. "Nous travaillons également avec des marins sur la formation et l’ergonomie, pour que notre solution soit la plus intuitive possible à bord", ajoute Sofien Kerkeni. De quoi définitivement faire passer le routage météo au cœur des navires, et de leur modèle économique.