Coworking : La mutation de l'espace de travail est en marche

Coworking : La mutation de l'espace de travail est en marche

Six mois à peine après son ouverture à Rouen, l'espace Now Coworking est à l'équilibre. Un succès qui témoigne d'une évolution en marche des méthodes de travail fondée autant sur l'esprit communautaire que sur l'exigence de liberté.

Coworking ! L'anglicisme qui définit de manière brute le partage de locaux -et sûrement un peu plus- est déjà entré dans le langage courant. Les espaces de travail qui s'en revendiquent sont en tout cas de plus en plus nombreux. À Rouen, la cantine numérique imaginée par l'association Normandie Web Xpert (#NWX) fait figure de pionnier. Inauguré en novembre 2014, l'équipement est abrité au sein de la pépinière Seine Innopolis pilotée par la Métropole. Dédié au monde du web et du numérique, l'espace a été conçu dès l'origine pour « permettre à des entrepreneurs de sortir de l'isolement et de partager des expériences », saluait alors le président de l'époque de #NWX, Romain Prat (Powertrafic). Sa mise en route aura même été, dit-on, déterminante dans la labellisation du dossier Normandy French tech en 2015.




Now Coworking a rebattu les cartes

D'autres depuis se sont lancés sur cette voie. Avec des modèles différents et des ambitions différentes. Toujours à Rouen, l'ouverture en octobre 2015 de l'espace Now Coworking en plein coeur de la ville a clairement rebattu les cartes. Bien plus qu'un espace de location temporaire de bureau, le projet initié par Pascal Givon et Édouard Laubiès s'appuie autant sur l'esprit communautaire que sur celui de liberté. Deux notions à première vue inconciliables dont l'imbrication semble au final trouver sa cohérence. Avec ses « 542 coworkers réguliers » enregistrés en moins de six mois d'activité, Now Coworking dépasse même les attentes de ses promoteurs. « Nous sommes surpris par la variété des utilisateurs (près de 300 métiers différents) autant que par la manière dont ils utilisent le lieu », explique Édouard Laubiès. « On imaginait par exemple plus d'utilisateurs ponctuels réguliers ». Au final, 75 % des bureaux sont loués. Le plus souvent pour un mois avec renouvellement.




Ni bail, ni dépôt de garantie

« Le principe est qu'il n'y a ni bail, ni de dépôt de garantie », rappelle Pascal Givon. « En général, ceux qui prennent des bureaux viennent pour un temps long ; même s'ils apprécient la possibilité de partir librement ! » Au final, relève Édouard Laubiès, « chacun a une démarche singulière ». Si certains privilégient clairement cette liberté d'utilisation, d'autres -et parfois les mêmes- viennent pour l'atmosphère de travail. « C'est un écosystème que nous avons voulu mettre en place », explique l'investisseur. Un écosystème destiné à créer des opportunités de rencontre, de sociabilité, et de travail en commun. « Notre intérêt est de développer davantage de chiffre d'affaires pour les gens qui travaillent ici... Sinon, ce serait de la simple location de bureau ! » Alors pour faciliter les mises en relation, les dirigeants de Now Coworking multiplient les animations : formation photoshop avec une architecte résidente, rencontre avec des business angels, corner d'expert avec une banque... « On fait en sorte que les utilisateurs se rencontrent et s'inspirent dans leurs projets respectifs », résume au final Édouard Laubiès. La « communauté » des utilisateurs devient pour elle-même « un centre de ressources gratuit ». « On a l'impression d'avoir une entreprise de 542 personnes ! » s'enthousiasme le dirigeant.




Quand les entreprises s'emparent du lieu

Et pour s'assurer une régénération permanente, le lieu reste ouvert sur l'extérieur. Des salles de réunions sont ainsi régulièrement louées par des entreprises qui organisent notamment des cessions de formation. Alstom et Leroy Merlin ont récemment occupé les lieux. Et les banques ne sont pas en reste ! Le Crédit Agricole a déjà réuni par trois fois son comité de direction chez Now Coworking ; le Crédit du Nord y a organisé une rencontre consacrée aux femmes cheffes d'entreprises ; et le CIC a joué la carte « tendance » en organisant dans les murs une session de recrutement. « Les entreprises viennent s'inspirer de cet esprit coworking que l'on a su créer », explique Édouard Laubiès. Dans les semaines à venir, c'est le GRETA et Pôle Emploi qui pourraient récupérer le lieu pour y assurer des formations destinées à des créateurs d'entreprises. « Le lieu est fait pour ça », insiste Pascal Givon.