C
omment expliquez-vous le début de vos ennuis judiciaires ? Tout a démarré en 2006, lorsqu'un actionnaire est sorti du capital de la société. Le mois suivant, Cortix a subi un contrôle fiscal, un contrôle Urssaf, un contrôle de la DGCCRF (la répression des fraudes, ndlr) et une plainte au pénal a été déposée contre l'entreprise par 47 clients mécontents regroupés au sein d'une association. J'ai alors fait appel à l'agence d'intelligence économique Kroll pour comprendre les réelles motivations de ces clients, qui nous attaquaient pour escroquerie et publicité mensongère. Les accusations étaient graves, et accompagnées d'éléments étonnants, comme le fait que le tribunal de commerce de Bordeaux demande au procureur de suivre le dossier.
Qu'avez-vous découvert ?
Kroll a découvert que mon ancien associé n'était pas étranger à tous ces faits. Même si son nom n'apparaissait nulle part, il était à la tête d'une entreprise concurrente qui démarchait tous nos clients et avait visiblement à sa disposition nos fichiers clients. Grâce à certains salariés de ce concurrent, nous avons appris que nos clients mécontents étaient orientés vers l'association XitRoc, qui nous attaquait en justice. Dans le même temps, un article de presse de l'avocat de XitRoc mettait gravement en cause la réputation de Cortix.
S'il ne s'agissait que de calomnies, pourquoi les procédures judiciaires ont-elles perduré ?
Une non mise en examen et une ordonnance de non-lieu ont été prononcées par le juge d'instruction. Mais, alors que c'est assez rare, la partie civile a fait appel de cette décision, et la chambre d'accusation a prononcé une mise en examen et un renvoi en correctionnelle. Le jugement définitif, qui a été rendu le 11 juillet, a déclaré les plaintes des parties civiles irrecevables. Et il est sans équivoque (1).
Pensez-vous que ces procédures judiciaires soient responsables de la liquidation judiciaire de Cortix, en août 2012 ?
Sur l'exercice 2010/2011, les pertes de Cortix ont atteint 2 millions d'euros. Et j'estime que le préjudice lié à ces calomnies a coûté à l'entreprise 150.000 ? par mois. Pour établir ce montant, je prends en compte les clients signés puis annulés après qu'ils se soient renseignés sur notre réputation, les rendez-vous annulés et notre e-réputation déplorable. Et je ne vous parle pas des difficultés à recruter des commerciaux effrayés par ce qu'ils avaient pu lire sur Cortix. La présomption d'innocence n'existe pas face à l'opprobre médiatique.
Pourquoi ne pas avoir apporté de démentis aux journaux, ou attaqué pour diffamation ?
Finalement, nous avons eu peu de mauvaise presse. Mais certains articles de presse nous ont fait énormément de tort. Les journalistes se sont attardés sur les 47 clients mécontents, en oubliant qu'à l'époque Cortix comptait 20.000 clients. Après la parution de ces articles, j'ai été considéré par beaucoup de gens comme un voyou. J'en ai souffert. Ma famille en a souffert. Mais je ne souhaitais pas attaquer les médias de peur de déchaîner la haine des journalistes. Et j'ai constaté que chaque démenti alimentait le buzz. Dans ce cas-là, il n'y a qu'une seule chose à faire : se taire.
Souhaitez-vous désormais contre-attaquer ?
Un dossier est prêt et sera prochainement transmis à la justice. Avec mon avocat, Me Benoît Ducos-Ader, nous allons sans doute attaquer pour dénonciation calomnieuse l'avocat de l'association XitRoc. Et nous avons des éléments pour démontrer qu'une chaîne de connivence a été mise en place pour faire du tort à Cortix.
Allez-vous jusqu'à parler de complot ?
Je parle de complot ! Et j'assume ! La justice fera le tri et rendra sa décision. Cela prendra le temps qu'il faut. Je veux que chacun paie ses fautes.
Avec le recul, quelles ont été vos erreurs ?
Je me suis beaucoup impliqué dans mon entreprise, et pas assez dans les réseaux bordelais. Même si j'ai pu compter sur le soutien du Medef et de la CCI, j'avais un réseau assez peu étoffé. Or, un réseau peut protéger et donne accès à des informations.
Avez-vous fait le deuil de Cortix ?
Je commence un début de deuil. Mais je sais que cela sera long. Comment oublier une telle aventure ? J'ai débuté dans ma chambre en 1999 avec 5.000?. En 2008, l'entreprise comptait 1.100 salariés et 30.000 clients, et réalisait 30 millions d'euros de chiffre d'affaires pour un résultat net de 1,8 M?. Avec Cortix, j'ai vécu la magie d'une entrée en bourse, j'ai été lauréat national des prix Fast 50... Et même dans les périodes difficiles, je n'ai jamais été abandonné par mes salariés. Je crains de trainer cette affaire pendant longtemps. J'ai d'ailleurs hésité à quitter Bordeaux.
Allez-vous entreprendre à nouveau ?
J'ai un projet en tête. Mais il est trop tôt pour que j'entreprenne à nouveau. J'ai été atteint au niveau physique et psychique. La cicatrisation sera longue. (1) Dans son délibéré, le tribunal précise notamment : « Il s'agit ici d'une instrumentalisation de l'action publique à des fins particulières, due à l'échec des certaines procédures sous-tendues en réalité par des difficultés d'exécution de contrats, mal gérées devant d'autres juridictions, sans que soient démontrées des éléments constitutifs d'une infraction pénale. Il ne s'agit pas ici de démarchage abusif de clientèle profane, mais d'artisans et de commerçants rompus aux négociations commerciales, habitués à gérer, et à maîtriser les rapports avec les tiers ».
Web Alors que la justice vient d'innocenter Hassane Hamza des soupçons d'escroquerie et de publicité mensongère dans sa gestion de Cortix, celui-ci contre-attaque et évoque les « calomnies » et le « complot » dont il a été victime.