Le 30 mars dernier, le Tribunal de grande instance de Strasbourg a prononcé la liquidation judiciaire de l'Union des coopérateurs d'Alsace (UCA), société gérant les magasins Coop Alsace. Ébranlé ces dernières années par divers scandales judiciaires impliquant l'ancienne équipe dirigeante, en proie à d'importantes difficultés financières, démantelé suite à la cession de ses hypers à Leclerc et d'une centaine de magasins à Carrefour, il ne restait plus grand-chose de ce groupe de distribution coopératif régional qui, en 2008, pesait encore - avec quelque 200 magasins - 724 M€ de chiffre d'affaires et 4.250 emplois. Quand Henry Ancel a été nommé il y a un an à la tête de l'UCA, « il était déjà trop tard », selon l'ex-P-dg, qui regrette « la stratégie liquidative » de son prédécesseur, qui n'a qu'aggravé les comptes de la société. « Entre parachutes accordés à des cadres et transactions salariales, 100 M€ se sont évaporés en deux ans. Ils auraient pu permettre de relancer la machine. Au final, il m'aura manqué 4 M€ pour pouvoir lancer mon plan de relance », regrette l'ex-P-dg. Qui s'engage avec enthousiasme dans le projet de son ami et désormais associé Paul Adam.
Un nouveau concept pour Coop Alsace
Sans avoir l'ambition de relever l'ancien fleuron local, ce projet pourrait cependant permettre à Coop Alsace de renaître autour d'un concept de consommation responsable. Le dirigeant alsacien Paul Adam, à la tête du groupe Padam (11,9 M€ de CA en 2013) aux activités allant de l'alimentaire (site de vente par correspondance de produits régionaux La Cigogne Gourmande, LCG, structure logistique dédiée à la vente à distance, boulangeries Les Panificateurs réunis...) au marketing direct (ITL, Clic et Site...) a ainsi repris lors de la liquidation quatre fonds de commerce ainsi que la centrale d'achat. « J'ai décidé de structurer la branche alimentaire de mon groupe. Tandis que je me concentre sur les activités marketing, Henry Ancel, que je connais de longue date, a accepté de prendre en charge son développement », indique Paul Adam. « C'est un acte militant, poursuit-il. Je suis partisan du mouvement slowfood. Mon idée est de sortir du circuit de la grande distribution pour proposer un circuit de consommation - avec des magasins et de la vente à distance - plus vertueux autour d'une communauté de « consomm'acteurs » valorisant le travail des producteurs locaux. Par cette communauté, si les gens adhèrent à notre concept, l'esprit originel de la Coop perdurera. Je crois que sur une terre brûlée, il suffit d'une graine ou deux pour que le champ redevienne cultivable ».
Vers un réseau d'une vingtaine de points de vente
Le projet, qui a permis de sauver 12 emplois, démarre donc autour de quatre magasins de tailles différentes (de 90 m² pour le plus petit à 650 m² pour le plus grand) et dans des zones géographiques urbaines ou plus rurales. Un plan d'investissement va accompagner la mutation des magasins : « Autour de 150.000€ pour les petits et 450.000€ pour les plus grands », indique Paul Adam. Une " Coop Mobile ", idée lancée par Henry Ancel l'année dernière est aussi prévue pour aller au-devant des consommateurs. « On avait déjà commencé depuis un an à référencer des producteurs locaux et cela a bien fonctionné, car on était malgré tout compétitifs niveau prix. Nous allons continuer dans ce sens en espérant que les consommateurs soient au rendez-vous », annonce de son côté Henry Ancel, qui vise un chiffre d'affaires de 3 à 4M€ d'ici à la fin de l'année. « L'objectif est de monter à 15-20 M€ avec l'ouverture rapide d'une vingtaine de points de vente minimum, d'ici trois à cinq ans. Un seuil au-delà duquel le modèle devrait être rentable », estime-t-il. En parallèle, l'ex-P-dg d'UCA doit mener à bien le PSE suite à la liquidation du groupe. La vente du siège historique de Coop Alsace au Port du Rhin à l'Eurométropole a permis de dégager 4,75 M€ « qui doivent permettre d'offrir à la centaine de personnes licenciées un PSE correct », souligne Henry Ancel. Celui-ci salue l'engagement et le professionnalisme du personnel, « qui a travaillé jusqu'au bout sans mouvement social ».
Padam
(Oberschaeffolsheim) 03 88 77 48 64