Philippe Jeannel est un homme partagé. En présentant les résultats annuels de son étude de conjoncture, le directeur régional de la Banque de France a tenu à faire un petit rappel macroéconomique. «Le fort rebond des importations des pays émergents combiné avec les politiques budgétaires et monétaires des États et la reconstitution des stocks sont les signes d'une reprise», a-t-il expliqué, «mais la montée du chômage et son impact sur la consommation, les incertitudes sur les taux de change et les difficultés d'accès au crédit font que la visibilité des chefs d'entreprises reste faible. Nous restons sur une courbe de croissance faible, il sera donc difficile de réduire le chômage». Voilà pour le constat mondial. En Alsace, dans le secteur industriel, la Banque de France note un gros écart entre les prévisions d'activité annoncées par les entreprises début 2009 (-6%) et le réalisé (-14%). «Les chefs d'entreprises ont été surpris par l'ampleur de la récession», témoigne Hélène Tanguy, responsable du service des entreprises. «Ils s'attendent toutefois à une reprise lente et progressive, avec un rebond de 2,2% de leur chiffre d'affaires en 2010», poursuit-elle. Les situations de l'emploi (-2%) et de l'investissement (-2,2%) ne devraient pas s'améliorer.
Hausse d'activité attendue dans l'automobile
Dans le détail des sous-secteurs, les biens d'équipement devraient poursuivre leur décrue (-1,8% de chiffre d'affaires attendu, après -19% en 2009) et l'agroalimentaire ne devrait progresser que de 0,5% (-9% en 2009). La plus forte progression reviendrait étonnamment à l'automobile, avec un chiffre d'affaires en hausse de 8%, après un recul de 17,2% l'an dernier. Une projection surprenante dans un contexte d'incertitudes sur le marché et la consommation mais, a tenu à rappeler Philippe Jeannel, «ces tendances reposent sur du déclaratif des chefs d'entreprises». Après avoir connu un cycle de croissance régulière depuis plusieurs années, le BTP s'est «effondré» l'an dernier, affichant un recul de la production de 7,3% et un recul des investissements de près de 24%. Le secteur dans son ensemble devrait encore reculer de 0,4% cette année, et seuls les travaux publics afficher un petit sursaut de 1,7%. Sans surprise, les transports ont également été affectés par la crise, affichant un recul de près de 10% de leur chiffre d'affaires et une progression attendue de 0,6% en 2010.
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L'étude annuelle de la Banque de France laisse apparaître des signes d'optimisme, mais les incertitudes sont encore nombreuses.