"Même si 2024 a été morose, il n’y a pas eu de sentiment de panique", résume Franck Becker, directeur général adjoint de l’Adira. Dans son rapport d’activité 2024, la doyenne des agences de développement économique en France a en effet comptabilisé 461 nouveaux projets (extension de site, renforcement des capacités de production, transition énergétique, décarbonation, implantation, gestion de la ressource eau…) sur son territoire dont près de la moitié (235) qualifiés de sûrs ou déjà réalisés. Ils ont permis de créer et de maintenir plus de 4 300 emplois pour un total de 4 milliards d’investissement. "Ce sont des projets opérationnels ou décidés qui vont se faire. On n’est pas Choose France", souligne Vincent Froehlicher, directeur de l’Adira.
16 interventions auprès d’entreprises en difficulté
Loin des effets d’annonce donc, ces chiffres tiennent notamment compte de la future implantation d’un centre de données de Microsoft sur la commune de Petit-Landau (Haut-Rhin) qui "pèse" déjà plus de deux milliards d’euros. À l’inverse le projet de gigafactory dédiée à la fabrication de batteries au lithium porté par Blue Solutions, filiale du groupe Bolloré, en périphérie de Mulhouse n’entre pas dans ce recensement. "Il est encore à l’étude et en maturation", indique Laurent Riche, président de l’Adira et vice-président de Mulhouse Alsace Agglomération. En 2024, l’Adira a également dénombré 16 interventions pour des entreprises en difficulté qui ont abouti au maintien de 1 042 emplois et à la suppression de 542 emplois.
L’Alsace concentre 43 % des projets d’investissements dans le Grand Est
Dévoilés lors de son assemblée générale, à laquelle Jalil Benabdillah, récemment élu à la présidence de la fédération des agences d’attractivité, de développement et d’innovation (CNER) était convié, ces chiffres ont conforté le parti pris, observé par l’Adira dès 2007, vis-à-vis des grosses PME, des ETI et des grands sites industriels Une époque où la notion de "réindustrialisation" n’était pas forcément tendance et qui peut expliquer un autre chiffre : l’Alsace concentre 43 % des projets d’investissement et un tiers des emplois de la région Grand Est.
Partenaire privilégié du tissu économique, l’Adira l’est également des collectivités locales qui assurent le financement de 98 % de son budget chiffré à 4,57 millions d’euros en 2024. Présent et souvent à l’initiative des 42 clubs et réseaux d’entreprises qui maillent le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, l’agence de développement gère également l’attractivité de la "marque Alsace" qui se décline en une myriade de labels. Forts de leurs succès, ces dispositifs spécifiques qui concernent 12 000 entreprises partenaires viennent de se voir doter d’une nouvelle gouvernance. "Ceci pour conforter la marque Alsace et veiller à sa légitimité afin qu’elle ne soit pas galvaudée", conclut Laurent Riche.
Conjoncture en 2025 : "le moment de vérité"
Concernant l’année 2025, l’Adira se montre assez perplexe. Et pressent une accélération des cycles en termes de conjoncture pour le tissu économique alsacien. "On se trouve actuellement dans un moment de vérité", indique Franck Becker. "Soit les perspectives pour la fin d’année s’améliorent et on surfera entre les gouttes. Soit les prévisions continuent d’être mauvaises et je pense qu’un certain nombre d’entreprises seront contraintes de prendre des mesures d’ajustement", poursuit-il.
S’appuyant sur les dernières données de la Banque de France qui font notamment état de niveaux de trésorerie et de carnet de commandes à la baisse, Franck Becker estime que "beaucoup de grandes entreprises ont déjà utilisé leurs jokers" depuis le retournement de conjoncture qu’il date à l’été 2024 dans la foulée de la dissolution de l’Assemblée Nationale. "2024 reste pour beaucoup de nos grands comptes une année morose. On observe un recul des chiffres d’affaires et du niveau de l’activité surtout si on compare à 2023 qui fut une année exceptionnelle", rappelle le directeur général adjoint de l’Adira.