La télémédecine s’est installée dans le paysage, mais le médico-social reste un marché à part. Comment la start-up TokTokDoc s’y positionne-t-elle ?
TokTokDoc s’est développée dès 2016-2017, avec une spécialisation sur les personnes âgées et les situations de handicap. Aujourd’hui, plus de 600 structures font confiance à l’entreprise. Nous sommes un peu plus de 40 personnes, et nous réalisons un chiffre d’affaires approchant les 10 millions.
Qu’est-ce qui vous distingue des plateformes de téléconsultation grand public ?
Notre modèle repose sur la téléconsultation accompagnée. Le patient n’est pas seul : il y a toujours une infirmière à ses côtés. Cela permet d’éviter une fracture sanitaire et de sécuriser la prise en charge. Cet accompagnement rend aussi possibles des actes guidés à distance, notamment dans certaines spécialités comme la cardiologie.
Quelle est la particularité des Ehpad en tant qu’établissement médical ?
Il y a un turnover important dans les établissements, et il faut pouvoir assurer une continuité. Nous avons structuré une organisation avec secrétariat, médecins spécialistes, et une permanence de médecine générale avec un délai sous trois jours. En parallèle, environ 150 médecins réguliers travaillent avec nous.
Vous portez aussi un projet de « policlinique mobile ». Où en est-il ?
Ce projet vise à renforcer l’accès aux soins avec une infirmière mobile qui accompagne les consultations. Aujourd’hui, ce sont encore souvent les établissements qui financent ce dispositif. L’enjeu, pour nous, est de faire émerger un financement pérenne dans le droit commun, avec une dotation portée par l’Assurance maladie et les pouvoirs publics. Un renouvellement a été obtenu avec l’ARS, mais l’objectif est de stabiliser le modèle.
La question des données de santé est centrale au Forum de Bioéthique. Comment TokTokDoc la traite-t-elle ?
L’hébergement est assuré via Microsoft Azure, sur Paris et Marseille. Nous avons fait un choix : ne pas monétiser ou valoriser les données de santé de nos patients, ni les traiter avec de l’IA, pour plus de sécurité.
Pendant le Covid, TokTokDoc avait développé un algorithme de suivi en un temps record. Pourquoi ne pas avoir prolongé cette logique d’IA dans vos services actuels ?
Nous avons effectivement développé un outil algorithmique spécifique pendant la crise sanitaire, mais nous avons fait le choix de ne pas l’intégrer au reste de la plateforme. Pour nous, il était important de ne pas entrer dans une logique où les données circuleraient ou seraient exploitées à des fins de valorisation. TokTokDoc a abandonné cette voie par choix : nous ne voulons pas monétiser des données de santé. Notre priorité reste l’organisation des soins et l’accompagnement des patients, pas la construction d’un modèle économique fondé sur la donnée.
Quelles sont vos priorités pour 2026-2027 ?
Nous voulons continuer à faire évoluer la gamme de services. Un enjeu important est celui du « dernier kilomètre » des soins : le domicile des personnes âgées. Entre l’Ehpad, l’hôpital et le maintien à domicile, il existe encore des ruptures. Notre ambition est de mieux organiser cette continuité.