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Commerce : Pourquoi le centre-ville rennais trinque autant
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Commerce : Pourquoi le centre-ville rennais trinque autant

Alors que les élus vantent toujours plus le dynamisme du centre-ville rennais, les chiffres tombent. Avec les travaux incessants, le manque de places de parking et une conjoncture morose, est-ce la fin de la prospérité pour ce pôle majeur de l'agglomération ?

« À Rennes, on asphyxie toutes les rues où il y a du commerce en centre-ville, considère cette commerçante de la place Saint-Germain, en travaux pour cause de construction de la ligne b du métro rennais. Sur notre place, mais aussi place Sainte-Anne, rue de Saint-Malo, partout les chiffres d'affaires baissent. » Un constat dû aux travaux, responsables de la baisse de fréquentation du centre-ville*, mais aussi au e-commerce, à la conjoncture (48 %) ou au manque de places de parking (11 %). C'est ce que pointe en tout cas la dernière étude du « Panorama du commerce de centre-ville » menée par le GIECR (Groupement d'information et d'étude du commerce de Rennes, qui associe la CCI Rennes, la CMA 35, Rennes Métropole et la Ville de Rennes).




Rivalité avec Alma

Alors, ce centre-ville aux 1.500 commerces, qui se targue d'être le premier pôle commercial rennais (il représente plus de la moitié des commerces de la ville), et même breton, est-il en train de mourir, ou du moins de céder sa place de leader ? Au profit de centres commerciaux de périphérie, plus organisés, plus communicants, plus gâtés en nombre de places de parking (qui plus est... gratuites !) ? C'est bien la crainte de nombre de commerçants du coeur de la capitale bretonne, qui, pour la première fois, font remonter ce sentiment auprès de la CCI. « Les 409 commerçants qui ont répondu au questionnaire sont 32 % à considérer que la baisse de la fréquentation du centre-ville est due à la concurrence des centres commerciaux de périphérie, indique Loïc Jézéquélou, responsable de l'observatoire économique de la CCI de Rennes. La question étant ouverte, c'est la première fois que ce critère ressort. Les commerçants pointent notamment Alma (Ndlr, 8 millions de clients attendus par an), certainement car plus proche du centre-ville géographiquement et pour le type de commerces, mais aussi à cause de leur forte communication pour l'ouverture. » Rive Ouest ne semble pas les inquiéter outre mesure... Peut-être parce qu'il ne s'agit encore que d'un projet. « Il s'agit des plus mauvais chiffres enregistrés depuis le début de notre enquête en 2009. 82 % des commerçants estiment que la fréquentation du centre-ville a baissé entre 2012 et 2013 » ! Plus que la concurrence de la périphérie, ce qui inquiète davantage (38 % des commerçants), ce sont les travaux du centre-ville, générant des problèmes d'accessibilité, mais aussi la conjoncture (14 %) et la question du stationnement (9 %). Il faut dire que la ville n'y est pas allée de main morte ces dernières années dans la réduction des places de parking : place de Bretagne et mail Mitterrand notamment. Sur voirie payante, le centre est passé de 5.274 places en 2010 à 4.822 en 2012 (derniers chiffres de l'Audiar). Les parkings en ouvrage et au sol sont eux, stables à 5.730 places.




Chiffre d'affaires en baisse pour 44 % des commerçants

De quoi accentuer la baisse de fréquentation du centre-ville... et du chiffre d'affaires pour 44 % des commerçants interrogés (29 % constatant une stagnation de leur CA), avec en moyenne - 2 % de CA. Jérôme Zimmowitch, le gérant du magasin Vausselia (rue Vasselot) a par exemple « perdu 20 % de chiffre d'affaires en cinq ans ». Une perte sèche heureusement compensée par son site web marchand. Le centre-ville, qui réalise environ 500 millions d'euros de chiffre d'affaires sur 115.000 m² de surface de vente, connaît des disparités en terme d'activité, selon les secteurs. Dans l'équipement de la personne, 60 % des enseignes connaissent une baisse du CA, contre 35 % dans l'équipement de la maison. Résultat : les radiations (205 en 2013) dépassent les immatriculations (177) de commerces en 2013. « La perte est nette,[...] et prolonge une situation qui se dégrade depuis 2011, pointe le Panorama. Sur les trois dernières années, l'ensemble du tissu commercial présente un solde négatif de 66 établissements ». Il y a donc plus de cellules vides, et l'équipement de la personne est là encore plus touché. Les commerçants semblent s'intéresser davantage à la périphérie, puisque le Pays de Rennes enregistre dans le même temps un gain de 102 commerces...




Bientôt de nouveaux arrivants

Malgré cela, certains y croient encore, et font des travaux pour se rénover ou s'agrandir, comme Zara sur les quais. D'autres ajoutent des services : livraison à domicile, conseil, site internet (70 % en ont un et 30 % réalisent des ventes en ligne)... « et contrairement aux sites d'e-commerce, nous, on fait les papiers cadeaux ! » se défend cette commerçante. Le centre-ville veut aussi se démarquer en attirant des enseignes phares. Le futur locataire de l'ex-Virgin' est ainsi très attendu. Il pourrait s'agir d'un magasin de loisirs culturels et créatifs pas encore présent en Bretagne... « C'est la preuve que la commercialité est là », considère l'élu rennais au commerce Marc Hervé (lire ci-contre). Pour ne pas perdre de son attractivité, et conserver ses 16 millions de passages par an, la Ville a du pain sur la planche pour créer l'émulation. En créant davantage d'événements, plus marquants et fédérateurs que des photos ou graphs sur les palissades de travaux.


* Le centre-ville de Rennes s'étend globalement de la gare (Colombier) à la rue de Saint-Malo et du début du Mail à l'avenue Janvier.

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