Commerce : La bataille des villages de marques
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Commerce : La bataille des villages de marques

Quatre projets de villages de marques dans un rayon de moins de 100km autour de Rouen: comment concilier ces grandes surfaces avec le commerce traditionnel ? Des projets qui créent de l'incompréhension et des tensions entre les territoires.

25.000m² et 125 boutiques à Douains (près de Vernon), 18.000m² et 120 boutiques à Honfleur, 16.000m² et 80 boutiques à Boulleville (15km de Honfleur) et jusqu'à début 2012, un projet aux Docks Café duHavre... Lorsqu'ils s'implantent, les centres de marques et leurs promoteurs ne lésinent pas sur les moyens et leur démarche ne laisse personne indifférent dans la communauté économique. Ce ne sont donc pas moins de quatre projets similaires qui ont été présentés, ces dernières années, dans un rayon de moins de cent kilomètres autour de Rouen, créant un mini-séisme dans le commerce local et des dissensions entre les élus et les chambres de commerce locales, chacun voulant défendre son pré carré.




L'affrontement des territoires

Le village de marques de Honfleur est emblématique de la concurrence à laquelle se livrent les territoires pour leur développement économique. Annoncé le premier en 2009, le projet honfleurais de 18.000m² pour 120 boutiques s'est rapidement vu opposer une réplique havraise avec le montage d'un projet mené par Unibail-Rodamco et soutenu par la mairie, pour un centre de marques de 15.000m² dans les Docks Café. Un comportement déploré par Michel Lamarre, maire de Honfleur qui n'a pas compris cette attaque: «Nous n'avons jamais cherché à être concurrentiel avec d'autres. Nous avons été très surpris de la réaction des autres territoires car nous sommes des estuairiens convaincus», explique-t-il faisant référence au rapprochement des territoires de l'Estuaire avec notamment la constitution d'une CCIT de l'Estuaire. Sur ce sujet, Didier Corpet, vice-président en charge du commerce à la CCIT duHavre, nuance : «C'est vrai que nous avons d'abord été confrontés au projet de Honfleur, supporté par la CCIT pays d'Auge mais, la réalité c'est que les deux chambres veulent travailler ensemble et l'association des chambres de l'Estuaire commence à avoir des compétences. En réalité, nous n'avons jamais été franchement opposés au projet de Honfleur, seulement nous voulons que la ville duHavre puisse aussi bénéficier de cette future attraction commerciale. Nous voulons un équilibre et que cette idée soit prise en compte par l'investisseur». Pour cela, la CCIT duHavre souhaiterait qu'un petit centre commercial soit développé par Mab development, en charge de l'aménagement et du développement commercial du projet honfleurais, installé à la descente des bateaux de croisières, une activité en pleine expansion auHavre.




Défense des centres-villes

L'implantation de très grands centres commerciaux de type village de marques, pose la problématique du déplacement de l'activité commerciale. Président de la Chambre commerciale et artisanale de Rouen, Philippe Depreaux s'inquiète: «C'est le trop plein! Il y a déjà 180 centres de marques en Europe et encore 40 en projets, dont 22 en France. Nous avons interpellé le secrétaire d'État au commerce qui a commandé une étude sur ce phénomène, afin de mesurer l'impact sur le commerce traditionnel et les enjeux d'aménagements du territoire. Ce qu'il en ressort, c'est qu'il faut encadrer davantage ce concept, mettre au point une définition légale avec des obligations pour ces centres de marques». Les positions des CCIT de Rouen et d'Elbeuf face au projet de villages de marques de Douains ont ainsi cherché à protéger les centres-villes. Pierre Bellanger, vice-président de la CCIT de Rouen précise: «Le dossier manquait d'études d'impact au-delà de celles réalisées pour l'Eure. Or, un village de marques dispose d'un rayonnement d'une à deux heures de sa localisation. Il y avait donc un impact pour nos commerces locaux ». Si la défense des centres-villes est une nécessité pour Didier Corpet, celui-ci propose de trouver un équilibre entre les deux formes de commerce: «Il ne faut pas de désertification des centres-villes mais, il ne faut pas non plus dire qu'un nouvel équipement va tout détruire. Ce type de projet peut compléter l'offre existante et être un relais de croissance. Ce qu'il faut, c'est réfléchir en géographie régionale». Un travail qui a commencé avec la création d'une commission inter-régionale présidée par Pierre Bellanger, et destinée à étudier les tenants et aboutissants des villages de marques, afin de fournir les informations nécessaires aux décideurs politiques. «Il apparaît indispensable que la position consulaire soit régionale sur ce sujet. Aujourd'hui, le GIC CCI Normandie doit fédérer les travaux et la stratégie à mener. Ceci dit, un centre de marques est un type de commerce qu'il faut respecter car, en France, il représente 900millions d'euros de chiffre d'affaires et 6.000 emplois. Cela peut être une opportunité de développement, s'il n'y a pas de dégâts collatéraux. L'important, c'est la concertation».




Création d'emplois?

Sur le papier, tous les centres de marques promettent la création de centaines d'emplois, ainsi celui de Honfleur en prévoit 500. Une réalité à laquelle Philippe Depréaux oppose son analyse: «Ces centres créent souvent des emplois à temps partiel, sans tenir compte de la destruction des emplois à côté. Quand on parle de création d'emplois, c'est faux! C'est déshabiller Pierre pour habiller Paul». A contrario, Michel Lamarre l'affirme: «Les emplois qui se feront ici donneront du travail à tous les habitants de l'Estuaire mais aussi de l'Eure et jusqu'à Lisieux».



Sébastien Colle

Le Havre Rouen # Commerce