En mai 2024, l’entreprise isarienne Informa’Truck est placée en liquidation judiciaire. Si le choc est rude pour son fondateur, Cyril Noury, celui-ci encaisse. Dès le mois de juillet, il fonde une deuxième entreprise, IciRépar, installée à Thury-Sous-Clermont, dans l’Oise. Ce qui a motivé ce rebond rapide, c’est la volonté de poursuivre la mission que l’entrepreneur s’était donnée avec Informa’Truck, à savoir réduire la fracture numérique, tout en prolongeant la durée de vie du matériel informatique, grâce à la réparation. Pour piloter au mieux ce deuxième projet, l’entrepreneur a tiré des leçons de l'échec.
Une levée de fonds avortée
Si réduire la fracture numérique importe tant à Cyril Noury, c’est que l’idée est née d’une expérience avec l’un de ses proches : son grand-père. "À l’époque, j’étais informaticien et il m’appelait souvent au secours le week-end, pour rétablir une boîte mail par exemple. J’ai cherché un réparateur, mais il n’y en avait pas à moins de 20 minutes de chez lui et aucun ne se déplaçait". En 2021, l’entrepreneur lance donc Informa’Truck, un service de dépannage informatique itinérant.
Des techniciens équipés de camions sillonnent les zones rurales dépourvues de professionnels. "Avant la faillite, Informa’Truck comptait une vingtaine de salariés et treize camions équipés sur les routes", relate Cyril Noury. À l’origine de la liquidation : une deuxième levée de fonds qui a mal tourné. "Je cherchais à lever 2,7 millions d’euros, à la fois en equity et en dette bancaire. Le plus dur était fait, car les banques étaient partantes. Il manquait 90 000 euros en equity et la situation se prolongeant, elle a inquiété d’autres investisseurs. Ils ont fini par se retirer les uns après les autres".
Étape 1 : digérer l’échec
S’il a redémarré une aventure entrepreneuriale à peine trois mois plus tard, Cyril Noury reconnaît que "ce moment de la liquidation a été extrêmement compliqué. Il faut réussir à tout digérer". Car une fois la liquidation prononcée, les coups de massue s’enchaînent, comme "un administratif monumental", mais aussi "la pression mise par le liquidateur", ou encore, "un carnet d’adresses divisé par trois" et l’inexistence d’un droit au chômage. "Je ne savais pas qu’il fallait prendre une assurance. Et je ne vois pas pourquoi c’est aux entrepreneurs, qui prennent des risques et créent de la valeur, d’aller payer une assurance. C’est un système à revoir", milite-t-il. Sans oublier "le harcèlement incessant par les services de recouvrement. J’étais caution personnelle de ma start-up, je suis aujourd’hui endetté à hauteur de 150 000 euros".
"Ce moment de la liquidation a été extrêmement compliqué. Il faut réussir à tout digérer"
Au milieu de ce chaos, les pierres du rebond se mettent progressivement en place. Cyril Noury peut d’une part compter sur le soutien de ses proches, mais aussi sur celui du CJD. À cela s’ajoute la réalisation d’un podcast avec Stéphanie Delestre, entrepreneure et investisseuse rencontrée lors du passage d’Informa'Truck dans l’émission "Qui veut être mon associé". Ces discussions permettent à l’entrepreneur de prendre de la hauteur et de comprendre ce qui n’a pas fonctionné.
S’autofinancer de A à Z
En juillet 2024, Cyril Noury rebondit avec la création d’IciRépar, toujours en vue de réduire la fracture numérique, en facilitant l’accès à la réparation. Si la mission est similaire, le projet est mené de manière radicalement différente. Le premier changement concerne le financement. "Je suis blacklisté chez tous les financeurs pour au moins 3 à 5 ans", soupire Cyril Noury. Pour lancer cette autre entreprise, il se contente de 3 000 euros, qu’il emprunte en love money, au sein de sa famille. Et il bâtit un modèle qui repose cette fois sur l’autofinancement.
"Je suis blacklisté chez tous les financeurs pour au moins 3 à 5 ans"
IciRépar est un collectif d’informaticiens indépendants. La jeune pousse assure la mise en relation entre ces derniers et des particuliers en quête de réparateurs, ou alors des grands comptes souhaitant proposer, dans leurs locaux et à leurs frais, des services de réparation de matériel informatique à leurs clients ou à leurs salariés. Pour intégrer ce collectif, les informaticiens indépendants souscrivent un abonnement trimestriel. IciRépar prélève une commission de 25 % pour les opérations montées avec les grands comptes et aucune, pour la mise en relation avec les particuliers.
Gérer autrement les ressources
Avec cette deuxième entreprise, Cyril Noury gère autrement les ressources humaines et matérielles. "J’envisage tout de manière plus lucide". Exit les camions, qui représentaient chacun un investissement de 80 000 euros. "Je n’ai pas non plus de salariés directs, mais je donne du travail à des informaticiens indépendants qui, sans le collectif, n’auraient pas obtenu ce type de contrats avec des grands comptes", explique-t-il.
Prudent, l’entrepreneur a aussi fait le choix de diversifier ses sources de revenus. "J’ai suivi une formation diplômante en ingénierie et intégration de l’IA, à l’Université de Lille, en vue de réaliser en parallèle des prestations de conseils. J’interviens aussi auprès de dirigeants en difficulté, pour trouver des solutions ou préparer à la chute…"
Prendre soin de soi
Enfin, Cyril Noury ménage ses propres ressources. "Avec Informa’Truck, je bossais sept jours sur sept, de 8 heures à 23 heures, je voyais peu ma famille… Je n’ai pas pris de congés depuis 6 ans. C’est terminé, je prends soin de moi !"
Si l’entrepreneur voulait lancer tranquillement cette nouvelle activité, c’était sans compter l’intérêt des grands comptes. "Entre juillet et décembre, nous avons réalisé plusieurs opérations dans les locaux d’Intermarché et de Top Office, financées par Malakoff Humanis pour l’inclusion numérique", se réjouit Cyril Noury, qui reste discret sur ses perspectives chiffrées. "Cela prouve qu’il y a réel intérêt pour la mission que je poursuis, à savoir le droit à la réparation pour tous".