« Quand j'étais petite, l'air du village embaumait souvent le persil séché. Les habitants prenaient un peu Albert Colin, agriculteur et maire de la commune de l'époque, pour un original avec ses expériences ». L'actuelle maire de Mittelhausen, Mireille Goehry, se souvient bien de ce qu'était l'entreprise Colin à ses débuts, dans les années 1970, et mesure d'autant plus le chemin parcouru. Elle a d'ailleurs bien failli tomber de sa chaise quand est arrivée sur son bureau une demande d'extension de près de 8.000 m², il y a environ 2 ans.
Ambition européenne
Après un an de travaux, le spécialiste des solutions aromatiques et texturantes pour l'industrie agroalimentaire et la restauration vient de quasi-doubler la surface de son usine qui s'étend désormais sur 18.000 m², à deux pas d'un village d'à peine 550 âmes. Beaucoup ignorent certainement que Colin se positionne aujourd'hui parmi les acteurs de référence de son secteur. Et qu'elle ambitionne de dépasser les 70 M€ de chiffre d'affaires d'ici à quatre ans - contre 52 M€ cette année - pour prendre le leadership européen de cette « microspécialisation », comme en parle son actuel dirigeant, Éric Colin. L'export représente déjà 20 % de son activité.
10 % de croissance annuelle
L'entreprise est « largement bénéficiaire » (montant exact non communiqué) mais réinvestit l'ensemble de ses résultats chaque année dans son outil industriel. Son dernier investissement est conséquent : 7 M€. « Colin s'est beaucoup développée ces dernières années, avec une croissance annuelle de 10 % en moyenne. Nous étions obligés de louer des capacités de stockage dans deux autres bâtiments dans la région. L'extension nous a permis de réintégrer ces activités en interne et de rationaliser notre organisation », indique le dirigeant, qui en a profité pour doter l'usine de nouveaux équipements. Le coût du bâtiment, financé par crédit-bail auprès d'Alsabail, s'élève à 4 M€. Le reste de l'investissement a été consacré à l'outil de production. Ce projet génère près de 10 embauches. L'entreprise emploie aujourd'hui 250 personnes - dont 140 à Mittelhausen - réparties sur deux sociétés : Colin Ingrédients, dédiée à l'industrie agroalimentaire, qui réalise deux tiers du chiffre d'affaires du groupe, et Colin RHD (marques Côte Ouest et Toque d'Azur), basée à Chartres de Bretagne (35) et dédiée à la restauration.
Un nouveau laboratoire R & D en 2016
D'autres projets de développement sont déjà dans les cartons. « Nous planifions d'investir encore 2 M€ en 2015, pour finir d'automatiser certaines lignes et se doter de nouvelles technologies, en matière de séchage sous vide notamment. Et en 2016, nous prévoyons une nouvelle extension pour donner plus d'aisance au laboratoire de R & D, qui est au centre de notre stratégie », souligne Éric Colin. Celui-ci emploie déjà 18 personnes : des ingénieurs et des professionnels des métiers de bouche (boulangers, charcutiers...) formés en continu pour affiner leurs sensibilités olfactives. C'est eux qui conçoivent les recettes à partir du cahier des charges des clients de l'entreprise.
La "naturalité" a de l'avenir
« Nous sommes très vigilants sur la provenance de nos matières premières. La naturalité de nos produits est un vrai atout distinctif qui pèsera dans notre développement futur », assure le dirigeant qui représente la troisième génération à la tête de l'entreprise familiale. Très attaché aux valeurs humaines sur lesquelles s'est construit le groupe, Éric Colin entend préserver autant que possible son indépendance. Même si le succès de cette petite pépite alsacienne commence à attirer l'attention - et la convoitise - de certains géants de l'agroalimentaire....
Colin
(Mittelhausen) P-dg : Éric Colin CA 2013/2014 (clôturé en juin) : 52 M€ 250 salariés 03 88 51 22 22