Beaucoup de spécialis
tes considèrent qu'il s'agit d'une évolution majeure, d'autres, comme l'apôtre américain du logiciel libre, Richard Stallman, d'un simple piège marketing. Le cloud computing ou informatique virtuelle - voire "infonuagique" - est une forme particulière de gérance de l'informatique par laquelle les utilisateurs ou les entreprises accèdent à des services en ligne sans avoir à gérer eux-mêmes l'infrastructure souvent complexe des serveurs. Les applications et les données mutualisées ne se trouvent plus sur l'ordinateur local, mais dans un nuage (en anglais: cloud) composé de serveurs distants interconnectés au moyen d'une excellente bande passante garantissant la fluidité du système. L'accès se fait la plupart du temps par un simple navigateur web. Utiliser les outils Google ou Yahoo!, par exemple, c'est recourir au cloud computing. Les grands constructeurs comme IBM ou Windows offrent aussi leurs "clouds". «On a même plus besoin de serveurs, de disques durs, de logiciels. Tout se fait à distance», s'enthousiasme Sophie Caristan, une responsable des lancements d'offres Entreprises chez Orange. «Cela permet à l'entreprise de pouvoir se recentrer sur son coeur de métier en payant une prestation pour ne plus avoir à se soucier des serveurs, des applications.»
«Un nom miracle qui réinvente l'externalisation»
Le Graal? «Une fois encore on sort un nom miracle mais on réinvente simplement l'externalisation développée sous le terme ASP (application service provider) en s'appuyant sur le développement d'internet et des réseaux», modère Hugues Meili, P-dg de la société de conseil et réalisation logicielle Niji. Le cloud computing soulève un certain nombre d'interrogations. La sécurité, d'abord, même si, selon Hugues Meili, «c'est surtout un alibi pour ses détracteurs.» La plupart des serveurs interconnectés se trouvent aux États-Unis et le fantasme de Big Brother n'est pas loin. L'Europe réfléchit d'ailleurs à cette question. Pour Frédéric Fourdrinier, responsable de département au sein de l'école d'ingénieur Epita, la question de la sécurité se pose sous d'autres formes. «L'accès aux clouds doit être décliné en fonction des interlocuteurs. Un agent de relèvement de compteurs EDF/GDF peut se suffire d'un accès à un cloud public mais plus on grimpe dans la hiérarchie et moins on imagine des dirigeants partager des informations classifiées, liées à des secrets de défense ou industrielle, par ces mêmes clouds, avec le risque également de pannes comme celles de RIM, début octobre.»
Évolution des modèles de revenus
L'avenir est donc selon lui aux modes hybrides, liant clouds publics, clouds propres à l'entreprise et réseaux hypersécurisés. Le serveur domestique n'est donc pas forcément mort et enterré. D'autant que se pose un problème économique de taille, relève Hugues Meili. «Le développement du cloud computing suppose que les grands fabricants de progiciels fassent évoluer leur modèle de revenus. Jusqu'à présent, celui-ci était basé sur la vente de licences. Avec le cloud, il faut vendre des fonctionnalités.» Frédéric Fourdrinier souligne de son côté qu'à l'heure actuelle, seules cinq à dix pour cent des applications utilisées par les entreprises sont accessibles sur les clouds.
C'est le "buzz word", le terme à la mode, qui revient dans toutes les conversations. Le cloud computing pose néanmoins question. Constitue-t-il une réelle innovation? Est-il tout à fait sécurisant pour les entreprises.