Clinatec : Mariage de la médecine et des nano
# Industrie # Investissement

Clinatec : Mariage de la médecine et des nano

Clinatec est une plateforme unique au monde, issue d'un consortium CEA, CHU, Inserm et université J.-Fourier, qui réunit chercheurs, technologues et médecins. Interview exclusive et sans tabou de son directeur, François Berger, neurologue et enseignant-chercheur.

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atec est présentée comme une plateforme d'innovation biomédicale. Pourquoi être sur le site du CEA?

Nous avons créé à Grenoble un consortium inédit entre le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), le Centre hospitalo-universitaire (CHU), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et l'université Joseph-Fourier (UJF). Clinatec, qui est une entité du CEA-Léti, est unique au monde car c'est la conjonction de plateformes opératoire, pré-opératoire, préclinique, et d'un site technologique. Et je revendique cette synergie! D'abord, être sur le site du CEA ne compromet pas la sécurité des patients. Ensuite, cela permet un contact direct entre médecine et innovation technologique: de la salle blanche au bloc opératoire à la sortie du patient, le technologue est présent. De plus, l'unité de lieu permet la rencontre fortuite de la médecine avec des technologies très éloignées de la santé.






Quels sont les objectifs?

Le premier reste l'efficacité médicale, avec les patients au premier plan. Rien ne se fait s'il n'y a pas de bénéfice médical! Plusieurs essais seront lancés d'ici à la fin de l'année, dont le projet "Interface homme-machine" qui vise à palier le handicap du patient tétraplégique en lui implantant un dispositif à la surface du crâne pour capter l'activité cérébrale et lui permettre des mouvements à l'aide d'un exosquelette.




Les résultats de vos recherches et essais cliniques sont destinés à être industrialisés?

Bien sûr! Dès le début, la technologie doit être pensée simple, robuste, transposable à l'industrie pour être disséminée aux patients en plus grand nombre. Nous ne voulons pas de techno-science, mais de la médecine accessible non seulement dans les pays développés mais également dans ceux en voie de développement. S'il n'y a pas de diffusion de masse, ce sera un échec. Nous voulons être innovants en utilisant des procédés déjà industrialisés mais hors du champ médical. Un nouveau business modèle est à créer, plus simple que dans le milieu médical et qui rénove la recherche des micro-nanotechnologies. Mais les industriels doivent changer de culture car leurs produits devront être validés pour un usage médical et ils devront donc financer des essais cliniques, tout en trouvant un modèle médico-économique. Nous espérons des transferts très rapides: une technologie validée en préclinique devrait pouvoir accéder au marché en trois à cinq ans. La proximité entre technologues et médecins est donc essentielle pour le transfert de technologie, qui passera probablement par des créations de start-up. Le consortium est un miracle qui assure un seul opérateur pour les dépôts de brevet et les relations avec les industriels. Nous n'avons d'ailleurs aucun tabou pour le dépôt de brevet: sans brevet, pas d'industrialisation, donc pas de dissémination.




Clinatec sera ouvert aux équipes extérieures?

Oui, un hôtel à projet permettra aux entreprises, grands groupes comme PME ou start-up, de venir valider ici leurs innovations, chez l'animal et en essai préclinique. La sélection s'opérera sur des critères stricts de sécurité des patients, compétitivité des équipes, etc.




De quels équipements dispose Clinatec?

Le secteur clinique, une unité de six lits du CHU de Grenoble, est organisé autour d'un bloc opératoire exceptionnel, notamment parce qu'il dispose d'un IRM intra-opératoire assurant un parfait repérage des dispositifs et de leur impact sur les tissus pathologiques. Dans le secteur préclinique, une animalerie accueille à partir de ce mois-ci de gros animaux (singes, porc), permettant de mimer les interventions et de les valider avant l'essai clinique chez l'homme. Une salle d'analyse des mouvements sert à détecter très tôt les maladies neurodégénératives de type Alzheimer ou Parkinson. Le secteur intégration système et biologie translationnelle permet, entre autres, de travailler sur le packaging des produits, c'est-à-dire s'assurer qu'ils sont hermétiques, qu'ils ne chauffent pas, qu'ils sont biocompatibles, etc. Les équipes arrivent à partir de la mi-juillet. À terme, 80 à 100personnes travailleront ici: ingénieurs, biologistes, médecins, chirurgiens, physiciens, chercheurs.




Comment est financée cette plateforme?

Le bâtiment de 5.000m², un investissement de 20M€, a été financé par le 13e Contrat plan État-région avec une répartition entre le CEA (0,8M€), la Région (10,85M€), le Conseil général Isère (3,85M€), la Métro (2,3M€) et la Ville de Grenoble (2,2M€). Pour garder notre compétitivité internationale, le budget de fonctionnement, évalué entre 3et 5M€ annuels, fera appel aux quatre entités du consortium mais devra également recourir au mécénat. Un mixte d'industriels et de fondations caritatives est recherché. La Fondation Safra a apporté 3M€ et le Crédit agricole a d'ores et déjà donné son accord pour abonder.




De nombreux détracteurs se sont déjà élevés contre Clinatec...

Nous sommes ouverts à la discussion et travaillons dans le strict respect des réglementations françaises et européennes, et en accord avec le Comité national d'éthique. Une analyse bénéfice/risque est menée auprès de chaque patient sélectionné ayant signé, ainsi que sa famille, un consentement éclairé. Il n'y a pas de crainte à avoir sur un "homme amélioré" car aucune de nos recherches n'a d'application hors médicale. Mais attention, même dans le champ médical nous ne vendons pas de miracle: nous restons extrêmement humbles face aux essais et à leurs applications avec une notion de validation prouvant qu'elles sont indispensables à la société sans faire peur...


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