Le centre des jeunes dirigeants Toulon-Var voit le jour en 1960, avec à sa tête, un industriel, Robert Baumier. Il restera président jusqu'en 1963 avant de céder la main.
Georges Van Acker. Président 1971/1972 L'indépendance
Au début des années 70, Georges Van Acker, alors entrepreneur dans les travaux publics et gérant d'une carrière à Ollioules, prend la suite de son ami, Georges Ginouves. «J'étais entré au CJD Var trois ou quatre ans plus tôt. Nous étions alors un groupe d'amis». Au cours de son mandat, le CJD Var gagne en influence, se détache de la fédération varoise du patronat, les membres se découvrent les uns les autres tout en se formant à la gestion d'entreprise. «Notre objectif au début de la décennie 70 est de gagner en influence sur le plan économique en se positionnant sur un certain nombre de sièges au sein des organismes patronaux».
Les années d'opulence
La motivation ne manque pas, mais pour relever ce défi, le réseau a besoin d'argent. «À l'époque, la médecine du travail est assurée par la fédération varoise du patronat, auprès de laquelle les entrepreneurs versent le 1%». Les jeunes dirigeants décident alors de collecter au sein de leur propre réseau cette cotisation, de payer directement la médecine du travail. «De cette manière, nous avons pu récupérer une part de notre cotisation - de l'ordre de 60%, puisque cette médecine du travail ne ponctionnait en réalité que 40%. Le CJD avait donc désormais des ressources suffisantes pour se payer une secrétaire et pour former ses dirigeants», raconte Georges Van Acker. La formation passe par la visite des entreprises des uns et des autres, par l'organisation de séminaires départementaux et des JD ont réussi à gagner des mandats au sein du patronat ou de la CCI.
L'enrichissement mutuel
«Le CJD est devenu un véritable acteur de la vie économique et un vecteur d'enrichissement pour ses membres». À partir de cette période, le CJD Var inscrit aussi dans son ADN une distinction: la perception des cotisations en direct. «Encore aujourd'hui, je crois que nous sommes l'une des seules sections de France à percevoir nous-même la cotisation nationale. La remontée reste indirecte et c'est certainement le fruit de notre histoire avec la fédération du patronat varois. Elle est inscrite dans notre ADN», souligne Christophe Ridet, actuel président du CJD Toulon-Var.
Georges Franco Président 1977/1978 Un poids politique
Au cours de ces mêmes années, Georges Franco, alors membre, est le témoin d'une autre page de l'histoire de la section.
Du CJP au CJD
Dès 1968, le réseau national, qui s'appelle encore centre des jeunes patrons (CJP), affirme que «la source du pouvoir des dirigeants ne découle pas de la seule propriété, l'efficacité passe par la participation». Le mouvement change de nom pour devenir centre des jeunes dirigeants d'entreprise et la bascule en local s'opère au début des années 70. Un peu avant la fin de cette décennie, Georges Franco, alors dirigeant de l'entreprise Baumier, qu'il a reprise en 1973, prend la tête de la section varoise. «Nous étions alors en pleine phase de recrutement. Nous couvrions tout le département et nous sommes rapidement passés de 30 à 60 JD».
«S'imposer»
Son mandat répond alors à un slogan: «Améliorer!». La formation des chefs d'entreprise est boostée avec pour idée de «replacer le dirigeant au coeur de l'entreprise». Mais surtout, «nous voulions imposer nos idées et pour cela entrer dans le domaine politique. Nous avons participé à notre manière - en interviewant notamment tous les prétendants - aux élections législatives de 1977. À l'époque, nos plénières se faisaient toujours en présence d'un politique», se souvient Georges Franco. «Nous avions réussi à devenir incontournable».
Gérard Martinetti Président 1985/1986 La parole des aînés
Gérard Martinetti, alors gérant de l'entreprise du même nom et spécialisée dans le commerce de meubles, arrive à la tête du CJD Var au milieu des années 80. Il compte alors entre 65 et 70 membres actifs. Quelques années plus tôt la section avait pris la décision de verser à nouveau le 1% à l'union patronale du Var, en échange de quoi, cette dernière leur versait une subvention pour la formation. Pourtant, la section a dû se séparer de sa secrétaire. C'est l'heure des premières difficultés financières: «La dimension nationale est alors critiquée dans nos rangs et je m'efforce donc de l'impliquer au maximum dans toutes nos entreprises».
«La Table du président»
Gérard Martinetti est aussi et avant tout «le président de la forme. Nous devions nous faire connaître, nous ouvrir sur l'extérieur, afficher notre différence. J'ai donc renoué avec la presse et créé un rendez-vous régulier, baptisé la table du président». Grâce à la formation, Gérard Martinetti se souvient que «ses années JD ont changé l'homme qu'il est sans pour autant renier sa personnalité». Ce souvenir, il a été le premier à vouloir lui donner une suite, au-delà des années JD: «Je suis attaché au passé, à l'héritage des anciens. C'est pour cela, qu'une fois sorti du CJD, j'ai continué à réunir, plus ou moins régulièrement, les aînés».
Joël Potier Président 1991-1992 Outil de formation
Début des années 90, la section ne compte plus qu'une petite trentaine de membres et ne jouit déjà plus de la même influence dans le monde économique. Néanmoins, Joël Potier, président en 1991-1992 et jeune chef d'entreprise d'Emaver, en garde de bons souvenirs.
Poil à gratter du CNPF
«Nous n'étions pas nombreux, l'époque n'était pas forcément la plus propice pour entreprendre, mais nous avons quand même offert au CJD un peu de dynamisme». L'influence se jouait dans la sphère nationale: «On se définissait comme le poil à gratter du conseil national du patronat français».
Le goût d'entreprendre
Le dirigeant, aujourd'hui vice-président de la CCI du Var se souvient également y avoir trouvé de la formation: «Nous en avons mangé! Et, c'est d'ailleurs pour cela que je me retrouvais volontiers dans les valeurs du réseau: l'envie, le respect de l'autre, l'entreprise par l'homme...». C'est aussi ce réseau, qu'il a commencé à côtoyer dès les années 80 en Avignon, et qui lui a donné le goût d'entreprendre: «Si je n'étais pas passé par la case CJD lorsque j'étais cadre dirigeant, je ne pense pas que je serai devenu patron un jour». Des valeurs et un souvenir transmis puisque Joël Potier a amené ses filles à pousser la porte du CJD quelques années plus tard. L'une d'elles, Sophie Potier, en a même assuré la présidence au début des années 2000.
Patrick Rulfo Président 2006/2008 La pérennité
À l'aube des années 2000, la section varoise du CJD a disparu de la carte des réseaux économiques du département. Elle a traversé un trou d'air avant d'être relancée en 2000. Quand Patrick Rulfo prend la présidence en 2006, c'est avec l'ambition de créer un réseau pérenne.
Une nouvelle génération
«Sophie Potier avait réussi à gérer la transition, à recréer un noyau dur. Les deux années suivantes, celles de mon mandat, devaient donc être consacrées à la croissance, la structuration et la pérennisation de la section», raconte Patrick Rulfo. L'équipe en place se retrousse donc les manches, organise ses recrutements et «réussi finalement à créer une nouvelle génération». Ce renouveau passe aussi par l'organisation d'un événement - une plénière animée par Daniel Herrero - et l'ouverture des JD toulonnais.
L'ouverture
La section n'est plus varoise. Elle est devenue toulonnaise et s'appelle CJD Toulon. Mais c'est sans compter sur Patrick Rulfo, qui décide d'ouvrir la section sur le reste de la France. Il amène ainsi une petite délégation aux 70 ans du réseau national à Bordeaux: «D'un point de vue professionnel, je venais d'un grand groupe national, où la notion de communauté a un sens. C'est cette vision que j'ai voulu communiquer aux membres de la section. En allant à Bordeaux, ils ont prix conscience qu'ils n'étaient pas seuls, qu'il existait en France d'autres sections, d'autres JD qui partagent les mêmes valeurs, que cette dimension nationale est en quelque sorte garante de l'existence de sections, du maintien d'un esprit JD en local». Son défi remporté, Patrick Rulfo ne conserve qu'un seul regret: le manque de communication transversale: «Pour ancrer notre section dans le paysage économique local, il faut rétablir la communication intergénérationnelle».
«Pour savoir où l'on va, il faut comprendre d'où l'on vient». Voilà en substance la raison pour laquelle l'actuel président du centre des jeunes dirigeants Toulon-Var, Christophe Ridet, et son équipe ont décidé de réunir leurs aînés pour fêter les cinquante ans de la section. En un demi-siècle, la section n'a pas toujours occupé le haut de l'affiche sur la carte des réseaux économiques varois... Elle a même été mise entre parenthèses. En revanche, ses membres, les JD, ont toujours été animés par la même soif de formation et le même goût d'entreprendre. Ils partagent aussi l'envie de bâtir un libéralisme responsable.
Hélène Lascols